Crue à Paris : ne vous fiez pas au zouave du pont de l’Alma !

Les Parisiens scrutent les épaules de la statue, qui sert de repère pour comparer les grandes crues de la Seine. Mais le zouave n’est plus ce qu’il était…

En ce mois de juin fort pluvieux, tous les yeux sont tournés vers lui. Dans les mémoires des Parisiens, le fameux zouave du pont de l’Alma représente avant tout la crue historique de 1910, lorsqu’il avait été immergé jusqu’aux épaules. Vendredi matin, ses cuisses étaient sous l’eau. Mais cet instrument populaire de mesure fort pratique n’est en réalité pas fiable.

Inauguré par Napoléon III en avril 1856, le pont a été entièrement remplacé et rehaussé, du fait de son étroitesse et d’un tassement, entre 1970 et 1974. Le pont initial était constitué de deux piles décorées chacune en amont et en aval par quatre statues représentant les quatre régiments ayant combattu lors de la guerre de Crimée. Le second n’a conservé qu’une seule œuvre sur son unique pile : celle du zouave. Cette œuvre de Georges Diebolt représente un soldat, membre d’une unité d’infanterie légère : il s’agirait d’André-Louis Gody, un Nordiste qui combattait dans le troisième régiment de zouaves de la garde impériale de Napoléon III ; d’autres assurent qu’il s’agirait en fait d’un Breton nommé Nérigot ou Bérizot.

70 centimètres plus haut

Initialement, lorsque le Zouave avait les pieds dans l’eau, les berges étaient fermées. Lorsque la Seine montait jusqu’à ses cuisses, la navigation était impossible. Mais le Zouave a bien changé. Tout d’abord, il a été placé de l’autre côté du tablier du pont. Mais la statue a aussi pris de la hauteur : elle a été surélevée de près de 70 centimètres. À immersion égale, les crues mesurées sont donc plus importantes. La meilleure façon de comparer reste donc encore de mesurer : en 1910, le fleuve avait atteint les 8,62 mètres. Un pic à 6,20 mètres est aujourd’hui attendu dans l’après-midi.

Quant au zouave du pont de l’Alma, il peut se contenter de rester emblématique du fleuve parisien, et d’habiter pour toujours certaines chansons du répertoire français : Reggiani et son « Zouave du Pont de l’Alma », Brassens et ses « Ricochets », Fersen et son « Ne pleure plus », ou encore Ray Ventura et « Ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine »…

Le Point.fr

 

 

© Daniel Caillet, 2016