Rouen au XVIIIe siècle, dominée par la cathédrale au centre et l’abbatiale Saint-Ouen à droite.

Voyage au XVIIIe siècle, quand Rouen était une ville malsaine et puante

Grande ville du royaume, Rouen est décrite au XVIIIe siècle comme malsaine et trop densément peuplée. Mieux vaut éviter d’habiter certains quartiers pour espérer vivre longtemps.

Avant la Révolution, Rouen atteint déjà environ 100 000 habitants, soit à peine moins qu’aujourd’hui. Mais la capitale de la Normandie a néanmoins perdu de son importance. 200 ans plus tôt, elle était probablement la deuxième ville de France, puis les dynamiques Lyon, Marseille et Bordeaux l’ont dépassée.

Une ville entassée et malsaine

Du haut de la côte Sainte-Catherine, la Rouen du XVIIIe siècle apparaît enfermée dans ses remparts. Peu de faubourgs se sont développés comme si aucune maison n’osait quitter la protection de la muraille et des fossés. Limites dont le tracé subsiste aujourd’hui à travers la ceinture de boulevards (boulevards des Belges, de la Marne, de l’Yser, de Verdun…).

Les 100 000 habitants s’entassent donc dans 170 hectares. Selon un médecin de l’époque, Le Pecq de la Clôture, on y étouffe ; les rues, malpropres, sont étroites ; les maisons semblent s’amonceler si bien que ni l’air ni la lumière ne pénètre. Les épidémies prospèrent à la grande inquiétude du docteur.

Dans ces conditions, les Rouennais meurent en masse. Surtout les enfants. Entre trois et quatre enfants sur 10 n’atteignent pas l’âge d’un an. Une statistique effroyable de l’historien Jean-Pierre Bardet.

Quartier Saint-Sever à éviter

Heureusement, la forte natalité compense cette hécatombe. Il existe au XVIIIe siècle des familles d’une dizaine d’enfants. Une femme en a même mis au monde 18. Un record.

Les conditions de vie varient d’un quartier à l’autre, d’une maison à l’autre selon qu’on habite un taudis ou l’hôtel particulier d’un officier du roi.

Aujourd’hui personne n’aurait osé s’installer dans le quartier Saint-Sever, rive gauche de la Seine, tant la description qu’en donne le docteur Le Pecq de la Clôture, est peu engageante :

« On y voit […] une manufacture d’huile de vitriol [de l’acide sulfurique] dont le voisinage a beaucoup effrayé les citoyens dans les commencements de cet établissement […]. Il faut convenir que, lorsque les exhalaisons sulfureuses s’évaporent et sont portées par le vent sur quelque maison voisine, tous ceux qui l’habitent sont saisis de suffocations, avec mal de gorge, d’une sorte d’oppression asthmatique ». L’époque ne s’embarrassait pas de normes anti-pollution.

De Martainville à la Basse-Ville

Ce n’est pas dans le quartier Martainville, le plus pauvre de Rouen, que les conditions sanitaires sont meilleures. Toujours selon Le Pecq de la Clôture, les habitants « sont mal colorés, ont la peau basanée, noire, sont souvent maigres et annoncent assez la misère qui règne dans leurs habitations humides et malpropres ». La faute aussi à une consommation énorme d’eau-de-vie.

Dans le quartier Saint-Hilaire, autour de la rue Eau-de-Robec, là où se concentrent maîtres drapiers, tisserands et toiliers, la propreté est meilleure et l’air plus pur, d’après notre guide. Mais la petite vérole s’y développe en priorité.

Où vit-on alors le mieux à Rouen ? On imagine dans la Basse-Ville entre la cathédrale et le port, car y logent les nantis comme les grands négociants. Mais pour Le Pecq de la Clôture, c’est un quartier exposé aux « maladies putrides et malignes ». Circulez !

Le nord et le centre de Rouen, au-delà de la rue du Gros-Horloge, lui apparaissent plus supportables. Y résident le clergé, les magistrats et des marchands aisés et riches dans un environnement « assez sain ». On raconte d’ailleurs que dans la paroisse Saint-Nicaise (au-dessus de l’hôtel de ville), une femme a vécu jusqu’à 112 ans, soit à peu près le même âge que la doyenne actuelle de la France. Comme quoi, on pouvait bien vivre à Rouen au XVIIIe siècle.

Actu76

© Daniel Caillet, 2019