On pourrait comparer l’expression au sifflement que certains laissent échapper en signe d’admiration. Tout comme celui-ci, elle est souvent employée au passage d’une jolie femme.
Cette expression débute par une forme qui s’apparente aux nombreuses autres interjections qui font injure à la religion chrétienne : Nom de Dieu! Foi de Dieu! Bonté de Dieu! Jour de Dieu! Feu de Dieu! Corps de Dieu (ou corps Dieu)! Tête de Dieu! Sang de Dieu (ousang-Dieu ou bon sang de Dieu)! Mort de Dieu (ou mort Dieu)! Putain de Dieu! Dieu bleu! Vingt Dieu! Dieu de Dieu! Ce procédé, décidément très fertile se retrouve sous la plume malicieuse deVictor Hugo dans son célèbre roman « Notre Dame de Paris »: Croix-Dieu! Ventre-Dieu! Gueule-Dieu! Corne de Dieu! etc.
Les jurons étaient une transgression issue d’époques où la religion était sacrée et portait beaucoup de limites. Ils étaient donc frappés d’interdits et prenaient une valeur de tabou que l’on prenait mille précautions de respecter. En revanche, ils servaient aussi aux plus irréductibles à rejeter ou s’affranchir ouvertement de l’interdit.
C’est pour cela que les jurons et interjections utilisant le religieux sont si nombreux : nous savons tous que ce qui est interdit prend une saveur d’autant plus goûteuse…
Vingt dieux est ainsi une autre formule blasphématoire, un juron employé dans le langage populaire comme exclamation grossière, pouvant s’étoffer, selon l’humeur du moment, du termeCré, comme dans Cré vingt dieux!Cré est ici une contraction de sacré. Dans ce type d’expressions, ‘(Sa)cré’ est presque toujours implicitement associé à « nom de… » : dans Sacré bonne femme !, il faudra comprendre Sacré nom de Dieu de bonne femme!… Pardonnez les quelques grossièretés, mais nous parlons jurons, et c’est pour le bien de votre culture littéraire…
L’adjectif vingt s’employait, bien sûr, pour désigner aussi bien le nombre 20, mais aussi familièrement un nombre élevé et indéterminé. Vingt avait alors le même sens que maint (comme dans Je te l’ai dit maintes et maintes fois !). Le juron Vingt dieux ! pourrait alors s’appuyer sur l’invocation de ‘tous’ les dieux possibles et imaginables (ce qui n’est pas
très chrétien). Mais l’adjectif vingt est aussi une forme homonymique reconnue de l’adjectif vain, qualifiant ainsi une chose sans fondement, mensongère, trompeuse (la forme Vain Dieu! est par ailleurs attestée). Le juron s’appuierait dans ce cas sur le caractère mensonger de l’existence de Dieu.
Ce qui motive l’usage de la belle église !, qui exprime l’admiration, est plus obscur. Pourquoi une église ? Peut-être une forme de remerciement déguisé, comme si l’on voulait remercier les dieux pour ce qu’ils nous permettent d’admirer, comme s’ils avaient exaucé nos prières secrètes ? Peut-être s’agit-il d’une astuce, qui viserait à contre-balancer le blasphème par une (fausse) marque d’admiration pour un édifice religieux ?
Pour terminer cette ballade au milieu des jurons prenant Dieu à partie, notons encore d’autres séries de jurons, formés par altérations successives :
Tudieu est ainsi une altération de Par la vertu de Dieu, jarnidieu est quant à lui une forme d’altération et déformation de Je renie Dieu. Dans de nombreux jurons c’est l’adjectif bleu qui a fini par remplacer le terme
de Dieu, probablement grâce à la proximité phonétique des deux termes. On le retrouve dans des serments: corbleu est ainsi l’abréviation de Par le corps de Dieu, devenue Corps de Dieu ou Corps-Dieu, puis Corbleu. Tête bleu était à l’origine Tête de Dieu ou Tête-Dieu, ventrebleu : Par le ventre de Dieu puis Ventre de Dieu, palsambleu n’était autre que Par le sang de Dieu, morbleu Par la mort de Dieu, parbleu est une variation dialectale de Pardi, et enfin sacrebleu vient de Sacre Dieu (c’est-à-dire Fête-Dieu) !
On en apprend, des choses, non ? Enfin, personnellement, j’en ai appris…je n’aurais pas imaginé que bleu et Dieu étaient si proches… remarquez, ne dit-on pas que le paradis est d’azur ?… 

Un grand merci à Internet prolifique sur ce sujet.

 

© Daniel Caillet, 2017