Rouen réduit l’accès des touristes à ses monuments historiques

Rouen. À partir de septembre, l’église Jeanne d’Arc, qui accueille un millier de touristes par jour, sera fermée la moitié de la semaine.

Monuments.La Ville a décidé de réduire les horaires d’ouverture de monuments historiques dont elle a la charge. Semant l’incompréhension chez les professionnels du tourisme.

Il va falloir viser juste pour visiter l’église Jeanne d’Arc, sur l’emblématique place rouennaise du Vieux-Marché. À partir de la rentrée, elle sera fermée le lundi après-midi, le mardi et le mercredi toute la journée, le vendredi matin également. Le courrier, adressé notamment au directeur de l’office du tourisme de Rouen et qui précise les modalités de ces changements, est signé par le maire, Yvon Robert. Les nouveaux horaires d’ouverture s’appliquent à d’autres monuments rouennais comme les églises Saint-Ouen et Saint-Maclou, mais aussi au Gros-Horloge. « C’est incompréhensible, je ne décolère pas » s’insurge Jacques Tanguy, guide-conférencier à Rouen depuis quarante-cinq ans. « On prétend que Rouen est la capitale historique de la région, la capitale touristique et l’on ferme les monuments. Dans une ville labellisée d’art et d’histoire ! » Un label décerné par le Ministère de la culture.

 

FERMÉE LA MOITIÉ DE LA SEMAINE

Les changements sont drastiques : ouvertes jusqu’à maintenant 36 heures par semaine, les portes de l’église Jeanne-d’Arc ne vont dorénavant s’entrebâiller que 23 h 30 sur trois jours et demi. Pourtant, le lieu est fréquenté : « Environ 1 000 personnes par jour en haute saison » assure Sara, la jeune étudiante des Beaux-Arts qui assure mercredi dernier le gardiennage de l’église. Elle fait partie de l’équipe d’étudiants qui sont chargés (en partie) de l’accueil dans les quatre lieux patrimoniaux encore gérés par la ville. « La plupart des visites de la ville se terminent à l’église Sainte Jeanne d’Arc, souligne une guide, cela permet aux touristes de se reposer un peu et de découvrir l’intérieur de l’édifice. » Et notamment les superbes vitraux démontés avant la guerre sur l’église Saint-Vincent, détruite par un bombardement en mai 1944. Ce jour-là, les groupes précédés par un guide ne cessent de franchir les portes de l’église. Comme les touristes esseulés d’ailleurs. L’an dernier, ce sont plus de 250 000 personnes qui ont franchi les lourdes portes de l’édifice de la place du Vieux-Marché.

L’église Sainte Jeanne d’Arc n’est pas le seul monument à faire les frais « des impératifs budgétaires » et des « axes prioritaires de la politique municipale » (lire ci-dessous). L’abbatiale Saint-Ouen et l’église Saint-Maclou, joyau de l’art gothique flamboyant, sont encore moins bien loties.

« ON A L’AIR RIDICULE »

L’abbatiale, qui accueille pourtant régulièrement des expositions, ne sera dorénavant ouverte que trois jours par semaine, comme l’église Saint-Maclou d’ailleurs. Déjà, la situation n’était guère reluisante pour ces deux monuments majeurs de la ville. « Vendredi dernier, j’ai organisé une visite de trois heures. Les touristes que je guidais n’ont pu ni entrer dans l’église Jeanne d’Arc pour cause ménage, ni à Saint-Maclou, ni à Saint-Ouen. On a l’air ridicule », se désole Marylène Champalbert, une guide rouennaise. Et les futures orientations ne sont pas pour les rassurer. « Je suis accablée, effondrée. Une ville touristique qui ferme ses monuments, je ne comprends pas et les tour-opérateurs vont finir par ne pas comprendre non plus. » D’autant que les villes qui misent sur le tourisme ne lésinent pas sur les moyens. À l’instar de Troyes, où les églises notables, une dizaine au total, sont ouvertes six ou sept jours sur sept à la visite. Comme la basilique Saint-Remi de Reims. « Même au Havre, les églises sont ouvertes tous les jours, » ironise Jacques Tanguy.

Personne ne semble comprendre les raisons qui poussent la ville à agir ainsi. À commencer par Guy Pessiot, le président de l’office du tourisme… et conseiller municipal délégué notamment au tourisme et à l’animation du patrimoine historique. « J’ai toujours milité pour un élargissement des horaires d’ouverture et par la prise en charge par la Métropole des coûts » souligne l’élu qui semble avoir été mis devant le fait accompli. Contactée, la Métropole (dont le 1er vice-président est, rappelons-le, un certain Yvon Robert) se dit pas concernée par le dossier.

Par ailleurs, si les contraintes budgétaires de la ville sont réelles, le coût de l’accueil dans les monuments rouennais, assuré en partie par des étudiants vacataires, ne semble pourtant pas insurmontable. « Rien à voir avec le coût du Panorama », ironisent les guides. Selon nos renseignements, une somme de 50 000 € par an pourrait suffire pour revenir à la situation actuelle tout en assurant un service de qualité.

Et dire qu’il y a vingt ans, Rouen s’était mise à rêver d’un classement au patrimoine mondial de l’Unesco…

Paris Normandie

 

© Daniel Caillet, 2017