De gauche à droite, Sophie de Ségur, Simone Sauteur et Anne Poulard.

Journée internationale des droits des femmes : elles ont marqué l’histoire en Normandie

Ces cinq femmes du XIXe et XXe siècles sont encore célèbres ou ont été oubliées. Elles ont toutes connu des destins inattendus au regard de leur origine. Précisions.

À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, la rédaction de Normandie-actu vous propose cinq exemples de Normandes qui ont marqué l’histoire.

Une lavandière devenue égérie publicitaire, une cuisinière qui fait fortune grâce une omelette, une tireuse de cartes que la haute société visite… les routes du succès ou de la célébrité sont multiples comme en témoignent ces cinq courtes biographies. Pour certaines, le destin a basculé à un âge où on attend plus rien de la vie.

La comtesse de Ségur : une tardive vocation littéraire

Née Sofia Fiodorovna Rostoptchina, la comtesse de Ségur n’est pas une normande pur jus. Mais nous annexons volontiers cette romancière russe dans cette liste en raison de ses 50 ans vécus dans l’Orne. Elle a passé l’essentiel de sa vie au château des Nouettes, près de l’Aigle, après son mariage avec le Français Eugène de Ségur.

Auteure d’une quinzaine de romans pour enfants (dont les Malheurs de Sophie, Les Petits filles modèles), elle a connu un succès tardif puisque son premier livre n’est publié qu’après ses 56 ans. Non pas parce que les éditeurs lui ont refusé ses manuscrits. Mais parce qu’elle n’imaginait pas un seul instant que les histoires qu’elle racontait méritaient une publication. Aujourd’hui elle est pourtant reconnue, avec Jules Verne, comme l’un des plus grands écrivains de la littérature enfantine.

Marie-Anne Lenormand, la cartomancienne des célébrités

Au début du XIXe siècle, les fiacres faisaient la queue devant sa résidence parisienne, tant les prédictions de cette voyante attiraient la haute société. Elle disait avoir, sous la Révolution, tiré les cartes à Marat, Robespierre, Saint-Just et au jeune Bonaparte. En révélant à ce dernier qu’il irait loin et sans cacher aux trois autres qu’ils périraient d’une mort violente. Cependant, il faut se méfier de ce que raconte cette native d’Alençon, habile à faire sa promotion. Ce qui est sûr, c’est que Joséphine, femme de Napoléon, la consulta ainsi que le tsar Alexandre de Russie. Belle ascension pour la fille d’un marchand de blé.

A-t-on affaire à un escroc ? Certains le pensaient. Comme l’explique Jean Meilhaud, auteur de Femmes d’Exception en Normandie, Mlle Lenormand fut surtout une fine psychologue et savait dire ce que ses clients voulaient entendre. Comme elle le déclara poétiquement lors d’un procès, « mon art est de semer quelques fleurs sur le champ aride de la vie ».

La mère Poulard : le pouvoir d’une omelette

À remarquer son effigie sur des boîtes de biscuits ou des bocaux de rillettes, on pourrait voir en la mère Poulard un personnage inventé pour les besoins marketing d’une entreprise d’agroalimentaire. À l’image de Justin Bridou ou Maître Kanter. Or, Annette Poulard, née Boutiaut (1851-1931), a bien sa tombe dans le petit cimetière du Mont-Saint-Pierre.

Cette femme de chambre reprend avec son mari un restaurant au pied de l’abbaye. Une bonne affaire. Le Mont-Saint-Michel reçoit de plus en plus de touristes et des pèlerins, grâce à la construction d’une digue-route puis d’une liaison ferroviaire. À ces visiteurs affamés, la mère Poulard propose une cuisine traditionnelle, notamment une omelette si onctueuse qu’elle fait la réputation de l’établissement. Les gastronomes débattent encore sur les ingrédients et la méthode de fabrication. Aux curieux, la mère Poulard répond qu’il suffit de battre des œufs et de fondre du beurre. La recette du succès est-elle si simple ?

Mère Denis, une vedette de la télévision

On a beau être vieille, pauvre et habiter un hameau perdu, la célébrité peut quand même vous tomber dessus. La preuve avec la mère Denis. Après avoir été bonne à tout faire, garde-barrière puis lavandière, Jeanne Denis vit, à près de 80 ans, une retraite paisible dans la campagne de Barneville-Carteret (Manche). Lorsque Pierre Baton, qui passe ses week-ends à proximité, vient la visiter. Ce publicitaire est chargé de promouvoir la marque de machine à laver Vedette pour l’entreprise Brandt. À contre-courant de la concurrence, l’homme choisit la mère Denis comme personnage de son spot publicitaire. Et ça marche !

Les téléspectateurs sont frappés par cette femme massive et pittoresque à l’accent campagnard (« ça, c’est vrai ça »). Les ventes de la marque Vedette explosent. En conséquence, d’autres publicités sortent dans les années 70 mettant en scène cette improbable égérie. En remerciement, Brandt lui offre une rente à vie. Ça, c’est bien vrai aussi !

Puce, une femme prend le maquis

En 1943, Simone Sauteur, 22 ans, est institutrice et secrétaire de mairie à la Haye-de-Routot (Eure). Résistante, elle profite de sa situation pour fabriquer des faux-papiers. Jusqu’au jour où elle est dénoncée.

Elle a le temps de fuir et trouve refuge au sein du maquis Surcouf. Basé dans le Lieuvin, ce groupe se consacre notamment à cacher les jeunes hommes désignés par l’État français pour partir travailler en Allemagne. Le chef du maquis, Robert Leblanc, fait de la jeune recrue sa secrétaire et sa comptable. Car le maquis est une vraie entreprise. Il reçoit de l’argent de Londres, ou de discrets donateurs. Il dépense pour nourrir ou habiller les maquisards et les déserteurs. Il échange des informations avec les autres réseaux de résistants français.

La machine à écrire dans ses bagages, Simone Sauteur, renommée Puce, suit donc les aventures du maquis Surcouf, souvent contraint de déménager à la va-vite afin d’échapper à la traque des Allemands. Après la guerre, elle retrouvera son métier d’institutrice. Ses écrits, récemment publiés, éclairent la vie et le fonctionnement du plus important maquis de Normandie.

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© Daniel Caillet, 2019