Muet depuis 15 ans, le carillon de la cathédrale de Rouen (Seine-Maritime) va sonner, samedi 17 septembre 2016, à l’occasion des Journées du patrimoine.

C’est le grand jour, samedi 17 septembre 2016, pour le carillon de la cathédrale deRouen (Seine-Maritime). Muet depuis 15 ans, il va retentir à nouveau, lors d’un concert donné à l’occasion des Journées du patrimoine, à 17h30 et à 19h. Pour l’instrument, c’est l’aboutissement d’une longue aventure, et, surtout, une véritable renaissance. La cathédrale de Rouen a retrouvé sa voix, et elle sera musicale.

Un carillon accessible au public

Pendant un an, entre les printemps 2015 et 2016, des cloches ont été restaurées, et de nouvelles fondues, à la fonderie Paccard, à Sevrier, au bord du lac d’Annecy (Haute-Savoie). Il s’agit de la maison familiale qui s’occupe des cloches rouennaises depuis plus d’un siècle. En avril, elles ont fait un retour remarqué dans la cathédrale et ont été présentées au public pendant un mois. Ensuite, il a fallu reconstituer le carillon, dans la tour Saint-Romain (et non plus la tour de Beurre), à une trentaine de mètres de hauteur. À noter que ce passage d’une tour à l’autre va permettre de rendre l’instrument accessible au public. Des visites seront organisées, par petits groupes (18 personnes maximum). Première visite proposée dès dimanche 18 septembre 2016 (renseignements auprès de l’Office de tourisme au 02 32 08 32 40).

600 000 euros déboursés par l’État

Chef d’œuvre de l’architecture gothique, Notre-Dame de Rouen possède depuis les années 1920 un remarquable carillon, qui avait été restauré et étendu une première fois dans les années 1950 à la suite des dommages subis pendant la guerre, rappelle la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), qui a supervisé les opérations. En raison de l’usure de son mécanisme et de la vétusté des installations, le carillon n’était plus utilisé depuis le début des années 2000. Pour redonner vie au carillon et toute sa voix à la cathédrale, la direction régionale des affaires culturelles a lancé, en 2015, un projet de restauration d’un montant de 600 000 euros comprenant la remise en état intégrale du mécanisme, la fonte de nouvelles cloches pour compléter la gamme du carillon, et l’installation du carillon dans un nouvel emplacement, la tour Saint-Romain, où il sera dorénavant accessible au public.

Un espace de formation pour les carillonneurs

Patrice Delatour, titulaire des carillons de Rouen et de Lisieux, président de la Guilde des Carillonneurs de France, secrétaire de l’association du carillon de la cathédrale de Rouen, partie prenante de l’aventure, est actuellement à pied d’œuvre pour peaufiner la journée inaugurale :

C’est un carillon de concert, de 64 cloches, à la mécanique très performante, se réjouit-il. Comme tous les grands instruments de type, il est fait pour être écouté à l’extérieur. Ce sera particulièrement le cas sur le parvis et de la cathédrale et dans la cour d’Albane, mais le son portera jusqu’à 1 kilomètre à la ronde. Fait remarquable de cette renaissance, un carillon d’étude a été installé. Il ne sera pas audible par le public, mais c’est un élément indispensable pour la formation de futurs carillonneurs, ceux qui feront vivre l’instrument au cours des prochaines décennies. Et c’est la présence de carillonneurs formés qui assurera l’avenir de l’instrument.

Des pointures à l’affiche

Les mélomanes comme les curieux ne manqueront donc pas le premier rendez-vous musical, samedi 17 septembre 2016, à partir de 17h30. L’association du carillon de la cathédrale de Rouen, nous présente le programme :

Christine Laugié-Vanhoutte, carillonneure invitée, titulaire du carillon de la cathédrale de Pamiers (Ariège), jouera en duo avec le titulaire Patrice Latour. Un spectacle gratuit entourera leur prestation. La maîtrise Saint-Évode créera une œuvre pour carillon et chœur, lauréate du concours l’Inédit 2016 : De rubore sanguini – Antiphona, de Marios Ros (Barcelone). Un ensemble de cuivres, dirigé par Claude Brendel, jouera avec le carillon La tête au carré de Volny Hostiou. Le carillon dialoguera aussi avec le piano de François-René Duchâble et avec le chant d’Anne Paccard.

Pour découvrir l’instrument, un écran sera installé au niveau de la tour Saint-Romain. Il retransmettra des images d’instrumentistes en train de jouer.

Second concert dès samedi 24 septembre 2016

Et pour ceux qui ne pourraient assister à cette première, un autre rendez-vous est d’ores-et-déjà prévu, samedi 24 septembre 2016. Au programme : une succession de concerts de 10h à 11h et de 15h30 à 18h par des carillonneurs de France, de Belgique et des États-Unis. Ensuite, en plus des concerts, le carillon prendra toute sa place au cœur de Rouen, en accompagnant les temps forts à la cathédrale (les grandes fêtes chrétiennes), mais aussi les animations organisées en ville.

À la grande époque des carillons français

Le carillon de la cathédrale de Rouen est un carillon historique, qui date de 1914, à une époque de floraison et de vogue pour les carillons, en France. Au départ, il était doté de 29 cloches, qui existent encore toutes aujourd’hui. Le carillon n’a pas été endommagé durant la guerre, contrairement à la « Jeanne d’Arc » – un bourdon de 16 tonnes, à l’origine -, qui a été incendiée. En 1954, le carillon a été restauré et agrandi une première fois. En atteignant 50 cloches, puis 56 en 1959, quand la « Jeanne d’Arc » a été refondue, il est entré dans la catégorie des grands modèles. Le carillon de 2016 avec ses 64 cloches, se place à la 2e place des carillons français, derrière celui de Chambéry, également restauré par la fonderie Paccard. Plus qu’une simple restauration, l’opération a consisté en une véritable reconstruction. Le carillon de la cathédrale de Rouen dispose d’un nouveau système de transmission, qui permet de jouer sur un clavier à coup de poing, un « must » en la matière. Sa tessiture est également étoffée – dépassant cinq octaves, pas loin de l’étendue d’un piano -, permettant aux musiciens d’élargir leur répertoire.

  • Infos pratiques :
    Concert inaugural du carillon de la cathédrale de Rouen (Seine-Maritime), sur le parvis de la cathédrale, de 17h30 à 19h.

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© Daniel Caillet, 2016