Avenue Flaubert et rue de Crosne pullulent d’édifices d’un intérêt architectural certain. L’un d’eux, l’ancien Hôtel de Crosne, dit aussi Hôtel du Commandement au n°53 est devenu depuis peu le siège du Tribunal Administratif. Le IIIe Corps d’Armée y était installé depuis 1860. Une plaque commémorative rappelle la mort du Général Frère au camp du Struthof le 14 juin 1944. Un arrêt au n°74 permettra, si la porte est ouverte, d’apercevoir une boutique de la fin du 15e siècle, propriété du Musée Départemental des Antiquités. Elle a été déplacée du n°6 de la rue des Boucheries St Ouen lors de l’élargissement de la voie pour le passage du tramway. Au n°38, un immeuble du 19e siècle avec au dernier niveau, une proue de bateau encadrée d’une sirène et d’un triton ainsi que le monogramme PB du propriétaire Pierre Bataille. On admire aussi un bow-window avec décor en céramique, des balcons avec grille en fonte et des bas-reliefs avec référence allégorique aux quatre éléments.

Mais pourquoi la même artère avec une numérotation continue des immeubles, porte t’elle deux noms différents de part et d’autre du boulevard des Belges, l’ex boulevard Cauchoise ?

 

Un peu d’histoire entre ville et faubourg

En 1775, débute le percement de nouvelles rues dans le « quartier neuf de Cauchoise ».

Cette sorte de voie royale vers la nouvelle Préfecture sera d’abord la « nouvelle route du lieu de santé » qui devait relier l’Hôtel Dieu jusqu’au nouvel Hôtel de Ville, entre le Vieux Marché et la rue des Jacobins devenue rue de Fontenelle. La première pierre de l’Hôtel de Ville est posée le 8 juillet 1758. Mais l’intendant Thiroux de Crosne, en fonction à Rouen de 1769 à 1785, avait vu grand, trop grand, et si quelques fondations sont encore visibles rue Thomas Corneille, le projet fut abandonné par manque d’argent. La nouvelle voie devient en 1780 « Grand rue de l’Hôtel Dieu », puis rue de Crosne, rue de Crosne-en-Ville et rue de Crosne-hors-Ville de part et d’autre de l’ancien boulevard Cauchoise. Jusqu’en 1796, elle sera fermée par une grille séparant plus que symboliquement la ville et le faubourg. Entre deux, à la période révolutionnaire, elle sera baptisée rue Pelletier – Fargeau, puis rue de l’Hospice. Ce n’est qu’en 1951, que le côté ouest deviendra « avenue Gustave Flaubert ».

Côté est, une belle unité architecturale s’est développée avec de nombreux hôtels particuliers du 18e siècle, dont celui habité jadis par l’industriel et Ministre des Finances Pouyer-Quertier. A côté, au n°20, celui où naquit Juliette Rondeaux, la mère d’André Gide rappelle par une plaque commémorative que l’écrivain a évoqué des souvenirs d’enfance dans « Si le grain ne meurt ». On remarquera aussi à l’angle des rues de Crosne et de Fontenelle, de beaux médaillons représentant Fontenelle, Géricault, Armand Carrel et quelques autres.

Au n°3 de la rue, quasiment place du Vieux Marché, une chapelle dédiée à Jeanne d’Arc avait été aménagée en 1919. Elle deviendra église paroissiale en remplaçant après la guerre l’église St Vincent détruite, puis après son agrandissement vers 1958, sera transférée rue du Général Giraud dans l’actuelle Salle des ventes.