Sous la cour du Palais de Justice, arpentée quotidiennement par des nuées de fonctionnaires, détenus, policiers et visiteurs, un monument de pierre blanche est dissimulé. Rythmé par des ouvertures romanes et des contreforts aux colonnettes ornées de lions, fleurs et dragons sculptés, il remonterait aux années 1100, si bien qu’il serait le plus ancien monument juif conservé sur le vieux continent. Découvert il y a 34 ans et classé Monument Historique en 1977, les experts polémiquent encore sur sa destination. Qu’était-ce ? Une synagogue, une résidence ou une école rabbinique ? La question reste posée. Toujours est-il que les politiques de toutes tendances s’en sont mêlé en poussant en chœur « un cri d’alarme car ce monument est en danger d’effacement ».

 

Retour en arrière

Au cours de l’été 1976, lors de travaux de réfection du Palais de Justice, une pelleteuse exhume des murs enfouis sous l’escalier de la cour d’appel. Immédiatement, cette présence dans un quartier médiéval juif et des graffitis en hébreu font penser à un édifice communautaire. Mais à quoi pouvait servir « la découverte la plus importante jamais effectuée dans le domaine du judaïsme médiéval européen » ? Le rabbin parle de synagogue, l’archéologue, de résidence privée, tandis que Norman Golb, venu de Chicago et grand spécialiste des manuscrits judéo-arabes tranche catégoriquement. Selon lui, l’édifice roman long de 14 m et large de 10 était une université, une hypothèse réfutée par le CNRS, qui penche pour une synagogue. Pour un autre historien, il s’agirait d’une résidence privée. L’affaire prend alors une tournure politique et « Il faut dire que c’est une université pour faire venir les Américains »…

Le taux d’humidité important dégradant le bâtiment, voilà le ministère de la Justice sur le banc des accusés malgré quelques travaux d’étanchéité sur l’escalier surplombant l’entrée. Tout le monde s’impatiente et pour le trentième anniversaire de la découverte, Jacques-Sylvain Klein reprend la thèse de Golb dans son ouvrage « La Maison Sublime ». Pour lui, « l’ouverture permanente au public de cet édifice unique et exceptionnel est une question de volonté politique ».

CQFD : désormais, le problème est réglé et les visites sont devenues régulières.