Souvenez-vous. Dans la nuit du 23 février 2006, un éboulement emporte une partie du rempart supportant un remarquable petit oratoire du 17e siècle. Vous êtes rue des Capucins, anciennement rue des Bonnes Œuvres.

L’histoire du couvent installé ici est étroitement liée à celle de l’Hôtel-Dieu par l’assistance aux pestiférés. La foule des pèlerins se rendant jadis à Notre-Dame du Mont Calvaire (c’était son nom à l’époque), empruntait un chemin de croix toujours existant. Sur l’une des terrasses de cette petite « montagne », s’élevait la chapelle de la Sainte Croix. On peut toujours voir parmi les monticules, de petits oratoires en pierre, de style Louis XIII, formant des niches, dont l’une d’elles conserve une statue de moine de belle allure. Un lieu plein de mystère dans un vrai parc suspendu à la Sémiramis. Fermé en 1790, inoccupé jusqu’en 1850, le couvent devint alors la propriété des Petites Sœurs des Pauvres dont la mission était l’assistance aux vieillards seuls et sans ressources. Mais malgré des travaux conséquents, la congrégation décide en 1970 de quitter Rouen et l’ensemble est démoli en 1976. A noter que ces vestiges sont pour l’essentiel situés sur la copropriété voisine des « Capucines », bien étrange nom et approximation hasardeuse d’un promoteur peu soucieux de réalité historique.

 

Pompiers précurseurs

Mais qui étaient donc les Capucins dont le nom provient de leur tenue. Barbus et pieds nus dans leurs sandales, ils étaient vêtus d’un long « capuce ». Arrivés à Rouen en 1582, ces Franciscains s’établissent dans leur « Grand Couvent » bâti au début du 17e siècle sous les murailles de la ville. Ils profitent alors de l’autorisation du roi pour utiliser une partie des démolitions de Château Gaillard et construisent leur église sur un terrain donné par un maître-pâtissier.

Ils se spécialisent dans les secours en cas d’incendie, un guetteur profitant de la situation dominante privilégiée du couvent pour alerter et intervenir grâce à la citerne de 1400 muids d’eau enfouie sous le cloître. Ils portent aussi aide aux habitants lors d’épidémies et 19 d’entre eux périront courageusement.

 

Un pieux entourage

Les établissements religieux étaient fort nombreux entre la limite de l’octroi au nord et la fontaine de la Croix de Pierre au sud.

Ainsi en 1642, les « Dames » du 2e monastère de la Visitation s’installaient à l’emplacement de l’actuel lycée Jeanne d’Arc, au pied des remparts. Mais la construction de l’établissement n’épargnera qu’une modeste chapelle mortuaire dont la restauration et la mise en valeur seraient les bienvenues.

Les Dames de St François étaient là aussi en voisines dans l’hôpital qu’elles avaient fondé.

Enfin dans le bas de la rue, les Ursulines dont le souvenir reste vivant avec la bibliothèque dite à tort « des Capucins » et une petite chapelle funéraire dans l’enceinte de l’école Nibelle.

Cette dernière, qui mérite aussi une restauration, a été décorée, ainsi que la bibliothèque, au milieu du 18e siècle par Jean Pierre Defrance, auteur également de l’ornementation de la fontaine du Gros Horloge.