La disparition d’anciens logis comme une maison à pans de bois sculptés et flanquée d’un superbe escalier du début du 17 e siècle, avait déjà fait scandale lors de la construction en 1898-1899 de l’immeuble de la Mutuelle-Vie. D’autres subiront un sort semblable rue des Quatre vents, la bien nommée. Œuvre des architectes Gosselin et Auvray, le projet, précédé d’une multitude d’autres, fut très critiqué à l’époque. L’immeuble cohabitera tant bien que mal avec la Cathédrale qui apprendra au fil du temps qu’elle n’est pas seule au monde.

Au carrefour des antiques « cardo » et « decumanus », elle a pour voisine depuis la Renaissance, le Bureau des Finances, beau témoignage de l’architecture civile sous le règne de François 1er, ainsi qu’une intéressante fontaine. Puis au 17e et 18e siècle, des habitations viendront se greffer directement sur elle et il en reste encore aujourd’hui des traces visibles. Elle a même en vis à vis, la « Grande Pharmacie du Centre » dont le style Art Déco ne choque plus personne depuis longtemps. Et pourtant en 1870, Nicétas Périaux écrivait déjà : « L’établissement d’un jardin public serait d’un bon effet autour de ce magnifique monument ». Qui croire, qui suivre ? Ne le saura-t-on pas trop tard ?

 

Rosaces et culs-de-lampe

Le Palais des Congrès actuel se trouve quant à lui sur un emplacement occupé avant 1900 par des magasins (fabrique de passementerie, commerce de vins, « Café de l’Univers »…) et même par une chapelle dont les voûtes nervurées, les rosaces ou autres culs de lampe faisaient le délice des Rouennais avant-guerre. La « Chambre » des Comptes était installée en ce lieu depuis 1589 dans un hôtel particulier édifié vers 1525 et appartenant à la famille rouennaise Romé de Fresquiennes. Le passage de la Cour des Comptes, ouvert en 1900 entre les rues des Carmes et St Romain, belle entrée majestueuse, sera malheureusement détruit par les bombardements du 19 avril 1944. Seuls quelques vestiges jugés arbitrairement dignes d’intérêt seront sauvegardés et maintenus sur place, alors que des fragments seront accueillis dans les locaux de la Chambre Régionale des Comptes rue Bouquet. Sans doute, comme pour beaucoup de monuments endommagés, aurait-on pu en garder davantage.

Les Anciennes Mutuelles reconstruiront finalement leur siège à Belbeuf. Il sera inauguré en 1968 mais entre-temps, les projets s’étaient succédé, sans qu’aucun n’obtienne l’agrément des Monuments Historiques. Et en juillet 1972, la date de début de démolition de l’ancien immeuble coïncida avec celle du début des ennuis et polémiques pour Rouen et ses habitants.

 

© Daniel Caillet, 2016