Trônant fièrement dans la cour de récréation, on pourrait presque croire qu’il a été installé là pour les moments de détente des bambins du Cours Notre Dame, rue d’Ernemont. Pourtant, son histoire n’a absolument rien de ludique et pendant très longtemps, on a cru qu’il s’agissait d’un simple pressoir. En fait, à l’origine, c’était un manège à chevaux, mais il est fort vraisemblable qu’il cumulait les deux utilisations. Pour preuve, l’existence d’une auge circulaire en pierre et quelques restes d’une roue en bois. On pense cependant que son rôle premier consistait à puiser de l’eau pour irriguer les vergers du couvent des sœurs d’Ernemont installé à l’emplacement des bâtiments actuels de l’école. Construit au milieu du 18e siècle, ce type de manège est représenté dans la célèbre encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Son mécanisme à roues dentées dont le fonctionnement est très simple, a été admirablement restauré par le Centre d’Histoire Sociale en 1996. Un cheval attelé faisait tourner une grande roue d’axe vertical qui actionnait dans le même temps une pente roue d’axe horizontal. Ce dernier, prolongé sur l’extérieur, entraînait enfin une chaîne de godets qui remontaient l’eau du fond du puits, système de norias bien connu.

C’est le type de puits que beaucoup ont pu voir dans la scène finale du film « La folie des grandeurs » avec Yves Montand et Louis de Funès, mais avec une différence notable, puisque le cheval y est remplacé par des esclaves. Le puits est profond de plusieurs dizaines de mètres et des spéléologues y sont descendus pendant la journée du patrimoine de 1996 en remontant à la surface des tuyaux de type gouttière en zinc.

 

A cheval et sans vapeur

Autrefois, ce type d’équipement représentait une réelle « source d’énergie » bien utile, la problématique initiale étant de faire tourner une roue avant que le mouvement ne soit ensuite transformé pour des utilisations diversifiées. Ainsi, dans une ferme du Pays de Caux, ce genre de manège servait à entraîner une machine à battre le grain. Il faut se souvenir qu’aux tous débuts de l’humanité, la seule énergie disponible pour l’homme était sa seule force physique. Plus tard, il domestiquera des animaux pour se déplacer, tirer des charrues ou bien les exhiber dans des cirques et des zoos, ou encore le vent faire fonctionner des moulins. Bien après, la principale source d’énergie deviendra la vapeur à la fin du 18e siècle, juste après la construction du manège du Cours Notre Dame. Viendra en dernier lieu l’ère qui semble se terminer, celle des énergies fossiles comme le pétrole pour l’éclairage au siècle dernier et les moteurs à explosion, l’électricité et enfin l’atome. Ce manège était donc à son époque et toutes proportions gardées, une sorte de moteur électrique ou même une petite centrale nucléaire mais incomparablement moins dangereuse. Il reste de nos jours un élément modeste mais remarquablement conservé du petit patrimoine d’un quartier trop méconnu.

© Daniel Caillet, 2018