Quelques documents et objets en vitrine au 45 rue aux Ours, en étonneront plus d’un. Petit résumé d’une histoire oubliée, d’un fait divers du 18e siècle, cette exposition permet de mieux comprendre l’attachement de l’association P’tit Pat’ Rouennais à militer pour la pose d’une plaque commémorative au n°15 de la rue, et pourquoi pas pour l’édification d’un mausolée à Bourg Beaudouin qui rappelleraient utilement un épisode de l’histoire régionale. Jean Marie Roland, vicomte de la Platière, économiste distingué et collaborateur de « l’Encyclopédie », rencontre en 1776 la jolie Manon plus jeune de vingt ans. Honnête, rigoureux, et grand travailleur, il l’épouse en 1780, alors qu’il vient d’être nommé inspecteur des manufactures à Amiens. Il est en poste à Lyon lorsqu’éclate la Révolution. Partisan des idées nouvelles, il est envoyé dans la capitale où le couple s’installe. Roland se lie avec les Girondins, Robespierre entre autres. Manon, dite « Madame Roland », passionnée elle aussi par la politique, reçoit bientôt dans son salon tous les hommes influents et facilite l’entrée de son époux dans le « ministère Girondin » où il obtient le portefeuille de l’intérieur. Elu à la Convention, Roland refuse le siège de député, préférant conserver son poste ministériel. Les Montagnards l’accuseront d’avoir fait disparaître des papiers compromettants et son attitude pendant le procès du roi le desservira. Las de toutes ces attaques et très atteint par les révélations de Manon qui vient d’avouer son amour pour un autre, Roland démissionne. Il veut quitter Paris, mais l’assemblée lui refuse l’autorisation. Dès lors, son destin est scellé car ses violentes attaques contre les Montagnards et la Commune de Paris le condamnent et il doit être arrêté le 2 juin 1793.

 

Rouennais d’adoption

Devenu hors la loi, il parvient à s’échapper et se réfugie à Rouen chez deux vieilles demoiselles qui au péril de leur vie l’hébergent dans leur maison au n°15 de la rue aux Ours. Pourquoi Rouen ? En 1761, Roland y travaillait et était tombé amoureux de l’une des filles de Mme Malortié. Après la mort de sa promise en 1773, Roland restera toujours en contact avec la famille et c’est donc à Rouen que le 10 novembre 1793, il apprend l’exécution de Manon. Au pied de l’échafaud, la trop belle et intelligente Madame Roland s’exclamera : « Ô Liberté que de crimes on commet en ton nom ». Roland marche alors en direction de Paris et à Bourg Beaudouin, il se tue de deux coups de canne épée. On trouvera sur lui ce billet : « Qui que tu sois qui me trouve gisant ici, respecte mes restes; ce sont ceux d’un homme qui est mort comme il a vécu, vertueux et honnête. » François Mitterand serait venu discrètement à Bourg Beaudouin sur le chemin du château de Cocquetot pour retrouver le corps enterré sans cercueil et si peu profondément que les enfants du village s’amusaient à le toucher avec des bâtons. Les plus curieux retrouveront des traces de ce drame étrange au Musée du Vieil Evreux avec la table sur laquelle le corps fut déposé, et au Musée des Antiquités de Rouen où l’arme fatale est conservée dans les réserves.

 

Cliché : Yohann Deslandes / Musée départemental des Antiquités

© Département de Seine-Maritime