Tout comme Georges Lanfry, l’architecte Pierre Chirol reste un grand rouennais trop méconnu. Né le 25 août 1881 et mort le 21 novembre 1953, il fut entre autres, président de l’Académie de Rouen et professeur à l’école des Beaux-Arts. Que nous a-t’il laissé ?

St Nicaise d’abord. En mars 1934, un incendie détruit partiellement l’église et un concours contraignant est alors ouvert afin de reconstruire nef et clocher. L’année suivante, le projet de Pierre Chirol et Emile Gaillard est retenu. Respectant le parvis et le chevet du 16e siècle, la nef unique carrée et le clocher conservent l’harmonie générale tout comme la façade à trois niveaux dotée d’un grand gable ajouré, orné de sculptures en ciment. La coupole, jonction des arcs de la nef, évoque la tour lanterne normande. Le béton armé contribue à faire un ensemble moderne, fusionnant classicisme et modernité. L’église sera consacrée en 1940.

Mais Pierre Chirol avait déjà fait ses preuves auparavant. Dès 1928, on lui doit le monument à la mémoire de Georges Dubosc. Vers 1930, il édifie pour la Direction Régionale des Postes, un bâtiment de style Art Déco à ossature de béton dont la structure est habillée par un revêtement en pierre de taille, mais c’est pour la Compagnie des Tramways qu’il réalise les projets les plus innovants. Au magasin de pièces détachées de Sotteville (actuel FRAC de Haute Normandie), la structure béton reste apparente tandis que le vaste garage rue Poret de Blosseville marie charpente métallique et façades enduites de ciment.

 

La p’tite gare

En 1932, il réalise à la demande de la Compagnie une petite « gare-kiosque », place de l’Hôtel de Ville. Elle est dotée de vitraux, d’une belle marquise Art Nouveau et d’une façade ornée de mosaïques. En 1984, sa démolition fera l’objet d’une polémique mais ses défenseurs n’obtiendront qu’un réemploi partiel des éléments du décor. En 2009, l’état de la mosaïque ne cessant de se détériorer, P’tit Pat’ Rouennais réalise et finance sa restauration et pose le 25 juin une plaque commémorative « A cet emplacement, s’élevait un kiosque à tramways « modern style » conçu en 1932 par l’architecte Pierre Chirol. Les fragments de mosaïque Art Déco conservés ont été restaurés en 2009″.

 

L’une des dernières réalisations de Pierre Chirol sera en 1952, le garage des autobus de la rue de Constantine, un édifice d’une grande modernité. Il a été aussi l’un des concepteurs du Palais des Consuls. Un discret souvenir de cet homme remarquable reste à l’Hôtel de Sacy, rue des Champs Maillets avec la très belle porte de son atelier présentant les attributs d’architecte.

 

© Daniel Caillet, 2018