Que reste-t-il de l’un des plus anciens hôpitaux de France, l’Hôtel Dieu de la Madeleine ? In situ, la réponse est simple : rien. Même pas un souvenir ou une évocation. Pourtant… Rares sont les Rouennais sachant qu’au sud de la cathédrale, au cœur de la cité, entre la place de la Calende, les rues du Change, de l’Epicerie et nos modernes rues de la Tour de Beurre et du Général Leclerc, s’élevaient ses bâtiments. Il occupait cette place centrale privilégiée depuis la fin du XIe siècle, sa physionomie changeant lors d’agrandissements successifs et en 1624 après un incendie dévastateur.

Il sera reconstruit et un plan de 1758 montre comment il était organisé à la veille de son transfert au Lieu de Santé. Tel un labyrinthe, il se développait autour de cours intérieures et de ponts permettant le passage à pied sec au-dessus des rues du Bac et de la Madeleine. Il s’était construit comme il avait pu, tel ces arbres qui, entravés dans leur croissance finissent par faire corps avec l’environnement. Il en résultait une disposition malcommode, un hôpital à l’étroit toujours en travaux. Longtemps on s’était contenté de replâtrages et il faudra un arrêt du Parlement de Normandie pour que le 16 juillet 1758, l’Hôtel Dieu ferme définitivement ses portes pour émigrer vers le faubourg Cauchoise. Rapidement le tissu urbain dans lequel il s’était développé reprenait possession des lieux et l’église de la Madeleine elle-même, ne survécut que peu de temps et fut démolie à partir de 1779.

 

In memoriam

Quelques bâtiments restaient toutefois en place à la veille de la seconde Guerre Mondiale, notamment place de la Calende comme en témoignent des cartes postales, mais hélas le déluge de feu de juin 1940 anéantira tout.

Tout ou presque, car en mai 1900, des fouilles archéologiques mettaient au jour des restes de l’église et dans la propriété de Mr Lucas-Leclin au n°11 de la rue du Change, on découvrait un bas-relief Renaissance représentant une scène de crucifixion.

Le propriétaire eut la bonne idée d’en faire don au Musée des Antiquités, permettant à cet unique élément d’échapper aux affres de la guerre. Malheureusement, par manque de place et de moyens, il n’a pu obtenir la place qui devait lui revenir et ce n’est qu’en étant très attentifs, parmi les restes exposés dans l’enclave Sainte Marie, que vous pourrez peut-être découvrir dans un coin, ce dernier vestige, oublié de tous.

Le déplacement de ce seul vestige de l’ancien hôpital de la Madeleine dans un lieu plus  accessible et avec une meilleure visibilité serait le bienvenu.