« Fontenelle est né dans cette maison le 11 février 1657 » peut-on lire en lettres de cuivre sur une plaque de marbre noir au n°100 de la rue des Bons Enfants. A une époque où la longévité n’était pas la nôtre, il s’en est fallu de peu que le neveu de Pierre Corneille devienne centenaire. Il devait décéder le 9 janvier 1757 et la rue portera brièvement son nom en 1794. A l’angle des rues de Fontenelle et de Crosne, parmi d’autres gloires locales, un médaillon nous fait découvrir son visage. Mais les Rouennais connaissent-ils vraiment ce rationaliste ennemi de l’obscurantisme ?

 

Un lumineux philosophe

Bernard le Bouyer de Fontenelle restera le philosophe et poète qui annonça l’esprit des Lumières en vulgarisant les théories scientifiques nouvelles. Le neveu de Pierre et Thomas Corneille, fils d’avocat, fréquenta le collège des Jésuites, étudia le droit et se consacra très tôt à la littérature. A 20 ans, son oncle Thomas l’engage comme collaborateur de sa revue, le « Mercure galant ». Précoce, à 23 ans, il fait jouer « Aspar » mais la représentation est un échec. De 1682 à 1687, ses textes le font connaître comme philosophe et scientifique soucieux de vulgarisation intelligente, plus que comme auteur de précieuses poésies, opéras ou tragédies. Parmi ses nombreux ouvrages, on peut citer « la République des philosophes », un roman utopique vantant une démocratie radicale, matérialiste et athée, « les Dialogues des morts » qui rapportent des conversations fictives entre Sénèque et Scarron, Socrate et Montaigne, un article ironique sur la rivalité des religions, une vulgarisation des théories coperniciennes, un traité sur « l’Origine des fables » ou bien encore « l’Histoire des oracles », dénonciation des impostures en matière de religion.

 

Un soutien moderne

En 1688, sa « Digression sur les Anciens et les Modernes », référence à la fameuse querelle, lui valut d’être élu à l’Académie française trois ans plus tard, avec l’appui des Modernes. Secrétaire de l’Académie des sciences à partir de 1697, il se consacra à la diffusion des progrès scientifiques de son temps et à l’histoire de cette institution. Il publia encore une « Géométrie de l’infini », une « Vie de Corneille », une « Histoire du théâtre », des « Réflexions sur la poétique » et une « Théorie des tourbillons cartésiens ».

Curieux et cultivé, d’une intelligence supérieure, il avait la réputation d’un bel esprit, passionné de sciences et animé d’une grande foi dans le progrès.