Durant la seconde partie du XIXe siècle, une grande campagne de modernisation de la ville va être mise en place. Rouen avait alors encore un aspect très médiéval avec ses petites rues et ses enchevêtrements de vieilles maisons. Afin d’assainir la ville et de la rendre plus commode, mais aussi dans un élan de modernité, de grandes artères telles que la rue Jeanne d’Arc (alors rue de l’Impératrice) et la rue Jean Lecanuet (anciennement rue de l’Hôtel de Ville) vont être percées. Même si on peut regretter la disparition de nombreuses maisons remarquables et d’églises telles que l’église Saint Jean ou l’église Saint-André-de-la-porte-aux-Fèvres (dont il ne reste que la tour), il faut avouer l’utilité de ces travaux.

De nos jours, que reste-t-il de l’ancienne ville ? Lorsque l’on se promène dans les rues, si l’on à l’œil, nous pouvons en retrouver quelques traces… Il faut fouiner, lever la tête. C’est ainsi qu’au cours d’une de mes promenades, j’ai repéré les traces d’une ancienne rue qui débouchait dans la rue Étoupée, et qui a disparu lors du percement de la rue de l’Hôtel de Ville.

 

 

Lorsque cette dernière a été percée, il s’agissait de relier la place de l’Hôtel de Ville à la place Cauchoise. Une large et longue rue droite a ainsi été créée, coupant sur son passage certaines rues telles que la rue de l’Ecole, la rue de l’Ecureuil ou la rue Beauvoisine; d’autres rues ont même complètement disparu (petite rue Saint-Laurent, rue Coupe Gorge, …).

Ce sont des traces de la rue Petit Musc que j’ai pu découvrir en remontant la rue Étoupée vers la rue Saint-Patrice, sur la droite. Au coin d’une maison, on distingue, gravé dans la pierre, parmi les étais, le nom de « rue du Petit Musc ». Un embryon de cette rue demeure fermé par une porte, devenue aujourd’hui l’allée d’une maison particulière. Ce nom peut paraître mystérieux au premier abord, mais il faut savoir que toute bonne ville qui se respecte (Paris, Mantes, …) avait une rue du Petit Musc, Petit Musse, ou Petit Muche, selon la manière dont on l’écrivait, mais aussi selon la prononciation locale. Il vient de l’ancien français « muche », signifiant cachette. Petit Musc serait une déformation de « pute-y-musse ». Cette rue aurait abrité des femmes de mauvaise vie, autrement dit, des filles de joie…

 

© Daniel Caillet, 2017