Quel riche patrimoine recèle le jardin de l’ancienne abbaye de St Ouen ! Dès l’entrée, deux plaques célèbrent Jeanne d’Arc, pour l’épreuve de l’abjuration et sa réhabilitation. A l’ouest, près du portail des Marmousets, se dresse une copie de la grosse pierre de Jellinge offerte à la ville par le Danemark lors du millénaire de la Normandie en 1911. L’originale, l’une des deux pierres runiques situées à Jellinge fut érigée en 983 par le roi du Danemark Harald dit « dent-bleue » à la mémoire de son père. La statue de Rollon d’Arsène Letellier sera installée en 1864 dans le square Solférino. Mais une polémique survint pour une « erreur de placer un guerrier du Xe siècle dans un jardin moderne » et Rollon s’installera le 27 avril 1872 près de l’abbatiale. A l’occasion des fêtes de 1911, deux copies en bronze sont réalisées dont une offerte à la ville norvégienne d’Alesund qui pourrait être la ville natale de Rollon.

L’amputation du chef viking est sans rapport, comme on le pense souvent, avec les dégâts occasionnés par la guerre. Déjà en 1886, un doigt manquait, puis après réparation, ce fut un autre en 1922. Plus récemment, dans les années 70, on refit l’index et le fourreau de l’épée. Peut-on espérer qu’en 2011, pour célébrer les 1100 ans de la Normandie, son fondateur retrouve bras et arme ? Et pourquoi ne pas l’installer alors dans le centre historique sur une place à son nom, affirmant ainsi que Rouen a tout lieu d’être fière de ses origines scandinaves. A deux pas, on remarquera le buste du poète belge Emile Verhaeren, connu à Rouen pour sa fin tragique en 1916 lorsqu’après une conférence, il était bousculé sous un train en partance.

 

Slödtz et Schoenewerk

Côté nord, le méridien de Slödtz est placé ici depuis 1826, transféré de l’ancienne Bourse Découverte où il avait été installé en 1753. On peut y lire pour chaque mois l’heure légale, compte tenu de l’équation du temps, sur des plaques de marbre très détériorées. Un ensemble décoratif baroque montre une femme assise représentant le commerce et au-dessus, un vieillard tenant un sablier indique du doigt la ligne de la méridienne. Un médaillon sur la base contenait l’effigie de Louis XV, remplacé par une plaque « Liberté-Egalité ». Un monument peu connu du public qui aurait grand besoin d’une restauration.

En 1863, pour mieux mettre en valeur l’abbatiale et l’Hôtel de Ville, le niveau du jardin est abaissé à la demande de Charles Verdrel, alors maire de Rouen. Sont installées alors des statues en bronze offertes par l’Etat mais elles ne résisteront pas à la convoitise allemande *. Par contre, seront  épargnés le  buste de Verhaeren et « L’enlèvement de Déjanire » déplacé au centre du bassin depuis 1950. Cette belle composition d’Alexandre Schoenewerk dégage une impression de puissance. Elle représente Nessus enlevant Déjanire qui avec son mari Héraclès, allait traverser un fleuve gardé par des centaures. Nessus leur proposa son aide et prit Déjanire dans ses bras. Mais il ne s’arrêta pas et continua sa course, moment immortalisé par ce groupe sculpté d’abord installé dans une allée en 1879.

Deux éléments modernes complètent harmonieusement le décorum en accord avec l’architecture de la résidence bâtie à l’emplacement d’un quartier jugé insalubre : une agréable fontaine géométrique et la fameuse « Pomme d’Or », emblématique petit monument de mosaïque restauré en 2007 par « P’tit Pat’ Rouennais ».

 

* « Ephèbes » – Photos sur plaque de verre stéréoscopique vers 1925.  © Nicolas Niger / http://rouen.blogs.com/