Les maisons à colombages de Rouen (Seine-Matitime), une architecture typique héritée du Moyen Âge.

Maisons à colombages : isolation, incendie… Avantages et inconvénients de ce trésor rouennais

Rouen compte près de 2 000 maisons à pans de bois. Une architecture typique qui présente un intérêt touristique, mais aussi des contraintes pour les propriétaires.

Quel charme ! Rouen (Seine-Maritime) a cette faculté d’attirer l’attention au premier regard. En grande partie grâce à ses maisons en colombages, aussi appelées à pans de bois. Une architecture typique héritée du Moyen Age. D’un point de vue économique, ce patrimoine présente un fort intérêt : l’attractivité. D’un point de vue pratique, se sont souvent des bâtisses considérées comme des passoires énergétiques, difficiles à isoler. La moindre rénovation peut vite devenir contraignante.

Une ville entourée de forêts qui croît vite

Si chaque année, 350 000 visiteurs sont accueillis dans les locaux de l’Office de tourisme, l’architecture rouennaise n’y est pas pour rien. Les touristes sont immédiatement séduits par ces façades d’un autre temps. « Au Moyen Âge, le pan de bois grandit en même temps que la ville », résume Kilian Penven de l’Office de tourisme de la Métropole Rouen Normandie. Rouen était la deuxième ville du royaume de France, très riche de par son activité textile et portuaire. La cité s’est donc densifiée.

« Autour de la ville, il y avait énormément de forêts. Le bois était donc un matériau de proximité et peu coûteux », poursuit ce professionnel du tourisme. Aujourd’hui, la capitale normande compte près de 2 000 maisons à colombages et près de 200 de l’époque médiévale.

Kilian Penven le reconnaît, pour vendre la ville aux touristes, son architecture est « un élément de langage ». Pour Cécile Bellehache, médiatrice du patrimoine à la Métropole, cette architecture constitue « l’identité du territoire. Nous la valorisons auprès des habitants et des touristes ». Et lorsque que les retombées sur le territoire sont estimées à 210 millions d’euros chaque année, pour environ 5 000 emplois directs, ce n’est pas un détail.

Jusqu’à 35 % plus cher qu’une façade traditionnelle

Un grand nombre de ces maisons à pans de bois sont situées dans le site patrimonial remarquable (SPR) de Rouen. Ces immeubles sont donc souvent protégés comme dans la rue du Gros-Horloge ou sur la place du Vieux-Marché.

Qui dit protection signifie qu’un certain nombre de règles s’imposent aux propriétaires. En cas de travaux, ils doivent « suivre une procédure précise et les entreprises de travaux publics sollicitées doivent apporter la preuve d’un savoir-faire et des références en la matière », indique la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) de Normandie.

Et les travaux sont à tous les coups, plus onéreux. « C’est plus coûteux, parce que c’est plus de minutie. Ces maisons appartiennent souvent à des copropriétés qui mettent du temps avant de se décider. Plus c’est vétuste, plus le chiffrage est élevé », reconnaît Caroline Eudeline, gérante de la société de ravalement ABSD. « Ça nous est arrivé, rue Beauvoisine, d’attraper les poutres à la main, tellement la façade était détériorée », se souvient son confrère Nicolas Gosselin, responsable de l’entreprise Sarpe.

Mais même lorsque l’entretien est fait dans des délais raisonnables, cet expert estime le surcoût entre 25 et 35 %, par rapport à une « façade traditionnelle » en béton, par exemple. Dans l’idéal, « la façade à pans de bois est à refaire tous les six à huit ans, contre 12 ans pour une façade traditionnelle », estime Nicolas Gosselin.

« C’est totalement développement durable »

Mais cet entretien en vaut la peine, à en croire le spécialiste du sujet, chef de la direction de l’urbanisme réglementaire à la Métropole Rouen Normandie, Jean-Christophe Blondel :

Ces immeubles peuvent tenir encore 500 ans, ce n’est pas le cas de ce qui est construit aujourd’hui. Les restaurer, c’est totalement développement durable !

Lui et son service font très attention aux matériaux utilisés et à ce que « les techniques anciennes soient reprises ». Pour Jean-Christophe Blondel, un gros effort a été fait ces 20 dernières années : « 95 % du patrimoine rouennais a été rénové et il n’y a pas de taudis. » Rue du Gros horloge par exemple, « les grosses enseignes font des investissements colossaux dans les étages pour bénéficier de crédits d’impôts ».

En effet, pour les bâtiments situés dans le SPR, les propriétaires peuvent bénéficier de régimes fiscaux spécifiques, du mécénat ou encore de subventions de la Drac (un maximum de 20 % de la dépense pour un monument inscrit ; pas de maximum pour un monument classé).

Des habitations souvent énergivores

Même pour le risque d’incendie, Jean-Christophe Blondel n’y voit que des avantages : « Le pan de bois est extraordinaire ! » Le directeur de l’urbanisme de la Métropole ne nie pas les risques qu’il y a pu avoir au Moyen Âge où tout était en bois. D’ailleurs, en 1520, les échevins de la ville (les ancêtres des conseillers municipaux) avaient interdit les maisons à encorbellement, c’est-à-dire, avec une avancée sur la rue, par peur des flammes, notamment. « Mais il n’y avait pas les pompiers », rassure  Jean-Christophe Blondel :

Le pouvoir de propagation du plastique est bien supérieur à celui du bois en cas d’incendie. 500 grammes de PVC équivalent à deux litres d’essence.

Seul hic avouable : l’isolation. « Lors des grandes rénovations, il y a 40 ans, on ne se posait pas la question de l’isolation », concède le directeur de l’urbanisme réglementaire de la Métropole. Et ces habitations sont souvent énergivores et la facture peut très vite devenir exorbitante. Nombreux sont les étudiants ou jeunes salariés qui en ont fait l’expérience.

Le coût de rénovation d’une maison à colombages est entre 25 et 35 % plus élevés que pour une façade traditionnelle.

« Dans pas mal de cas, il est impossible d’isoler à l’extérieur et difficile de le faire à l’intérieur », poursuit  Jean-Christophe Blondel. Dans le même temps, il est vrai que « ce sont des habitations moins grandes à chauffer », explique ce dernier. En effet, si l’esthétique extérieure fait l’unanimité, à l’intérieur « ces appartements sont souvent petits et biscornus, constate Nicolas Gosselin, responsable d’une entreprise en bâtiment. Il faut aimer… »

Rouen compte 2 000 maisons à pans de bois, dont 200 de l’époque médiévale.

 

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© Daniel Caillet, 2018