Les « Journées du Patrimoine » ont permis de découvrir l’exceptionnelle richesse du quartier de la Croix de Pierre. Tout comme les 320 visiteurs de ce week-end, suivez le guide.

L’église St Vivien d’abord, dont le porche fut remanié vers 1890. Au sud, un cadran solaire nous pose une question sans réponse « A quand l’heure dernière ? », tandis qu’au nord, les maigres restes d’une fontaine rappellent que l’eau dans chaque logement fut longtemps un doux rêve. Juste à côté, peut-être un « tour » dans lequel on laissait les enfants abandonnés. Plus haut, l’horloge Renaissance ne fonctionne plus, séparée de son mécanisme qui coule des jours heureux dans le beffroi du Gros Horloge.

Dans ce quartier, naguère riche en établissements de soins et de bienfaisance, les monastères pullulaient et il en reste des éléments remarquables.

Celui des Capucins, moines barbus en « capuce » et sandales, dont on peut voir un oratoire du 17e siècle récemment restauré. Etablis sur le « Mont Calvaire », lieu de pèlerinage, ils furent les premiers pompiers rouennais, allant puiser dans la citerne d’eau enfouie sous le cloître.

En face, celui des Visitandines, Archevêché après 1905, accueillit des religieuses jusqu’en 1970. La construction du lycée Jeanne d’Arc n’épargna qu’une petite chapelle mortuaire sous les jardins en terrasses, le long des remparts. Les inscriptions émouvantes des sœurs décédées visibles sur les parois, méritent sauvegarde et mise en valeur.

A proximité, deux vestiges du couvent des Ursulines décorés par Jean-Pierre Defrance, rappellent le rôle enseignant des religieuses. La grande chapelle, actuelle bibliothèque dite « des Capucins », et la petite chapelle funéraire miraculée, dans l’enceinte de l’école Nibelle, sont les témoins du couvent transformé en logements ouvriers en 1923. Il sera rasé en 1973 pour le percement de l’avenue de la Porte des Champs et la construction du Conservatoire, malgré la résistance acharnée des Amis des Monuments Rouennais galvanisés par leur présidente Elisabeth Chirol.

 

Courte halte pour deux anecdotes historiques insolites

Ou comment rendre moins rébarbatives les leçons d’histoire !

Le 15 octobre 1562, François de Civille, militaire rouennais, reçoit en pleine mâchoire un coup d’arquebuse au cours de la confrontation entre armée royale et Huguenots. Une chute s’ensuit. Laissé pour mort, il est enterré provisoirement, puis exhumé par son valet, il est sauvé, mais lors de la guerre civile tombe d’un 2e étage sur… un tas de fumier. Il en réchappe encore. Il meurt le 23 décembre 1610, mais ne sera inhumé que le 19 février 1611. On écrira « François de Civille, trois fois mort et enterré, et, par la grâce de Dieu, trois fois ressuscité. »

Le lendemain, 16 octobre 1562, Antoine de Bourbon, père d’Henri IV, est lui aussi touché au cours d’une lutte acharnée, alors qu’il s’était écarté pour satisfaire un besoin naturel. Il s’éteindra peu après, atteint par la gangrène. Une occasion d’épitaphe savoureuse pour Voltaire : « Ami français, le prince ici gisant… vécut sans gloire et mourut en pissant. »