Bel exemple d’architecture militaire médiévale, le château de Rouen a été construit par Philippe Auguste, roi de France, à la suite de la conquête en 1204 du duché sur Jean sans Terre, duc de Normandie et roi d’Angleterre, et en remplacement du palais ducal de la ville. Situé à l’extérieur de la cité et en position dominante, il est une puissante forteresse et jouera un rôle important pendant la guerre de Cent Ans et pendant les guerres de religion. Pendant près de 400 ans, il sera bailliage et vicomté du roi de France, gouvernement du roi d’Angleterre et l’échiquier qui deviendra le Parlement de Normandie. Anciennement « Grosse Tour », le Donjon dénommé Tour Jeanne d’Arc mérite assez mal son nom puisque la Pucelle n’y fût jamais emprisonnée, même si c’est ici qu’elle fût mise en présence de ses bourreaux et des instruments de torture et jugée en 1431.

Jeanne d’Arc affirmait alors : « Vraiment, si vous me deviez faire écarter les membres et faire partir l’âme du corps, oui, je ne vous dirais autre chose ; et si je vous en disais quelque chose, après je dirais toujours que vous me l’auriez fait dire de force. » Elle fut en fait emprisonnée dans la Tour de la Pucelle, aujourd’hui détruite, dont la base est encore visible au 102 rue Jeanne d’Arc, une tour démolie en 1809 et dont les soubassements ont été retrouvés en 1908.

L’édification de cette puissante forteresse est un acte symbolique pour affirmer l’autorité du monarque sur une ville nouvellement soumise et parachevé par l’arasement du château ducal de « la Vieille Tour ». La construction du nouveau château s’accompagne d’une nouvelle enceinte urbaine, montrant la volonté royale de créer une entité avec deux éléments jusqu’alors juxtaposés, le Bourg et le Cité.

 

La fin d’une vie de château

Mais, vulnérable aux tirs d’artillerie comme toutes les forteresses médiévales, le château sera démantelé par Henri IV à partir de1591, à la fin des guerres de religion. Il en reste le donjon, classé Monument Historique en 1867, imposante tour maîtresse qui est en fait le dernier vestige en élévation du château édifié il y a huit siècles. Il a été restauré dans les années 1870 par l’architecte Desmarest, sur les avis de Violet-le-Duc. La toiture en poivrière qui a été alors rajoutée a été très décriée à l’époque. Elle est coiffée d’un épi de faîtage, œuvre du célèbre Ferdinand Marrou. Durant la Seconde Guerre mondiale, le donjon est camouflé et transformé en bunker par les forces allemandes et souffrira peu.

La vision que nous en avons de nos jours ne date que de 1906, début de travaux d’envergure. L’inesthétique mur d’enceinte qui encerclait le monument disparait, mais aussi l’Hôtel de Mathan où étaient installées les Ursulines depuis 1684 et désaffecté depuis 1901. On en profite pour percer les rues du Donjon et Philippe Auguste et des constructions remarquables sont édifiées comme le petit immeuble « Les Sphynges » avec une profusion d’éléments architecturaux et décoratifs qui ravit les touristes. Dans le même temps, les fossés du Donjon sont restitués, donnant plus de crédibilité historique à un vestige très remanié.