Faisant pendant à sa sœur, la Tour St Romain de près de quatre siècles son aînée, la tour sud de la cathédrale de Rouen, dite Tour de Beurre, présente un dernier niveau passant du plan carré au plan octogonal, ce qui dénote une virtuosité sans pareil. Construite à partir de 1485, c’est l’un des plus beaux exemples de l’art gothique flamboyant et il aurait dû être terminé par une flèche en pierre. Mais les chanoines, effrayés par le coût jugé excessif d’un tel ajout, imposèrent une balustrade ouvragée après de houleux débats entre « anciens » et « modernes ». Il fallait alors décider qui, des partisans d’une flèche ou d’une couronne, l’emporterait. Ce furent finalement les seconds.

La statuaire est remarquable, sur la face du côté est notamment, tandis que l’on retrouve les origines chrétiennes avec Adam et Eve à l’ouest.

 

De deux choses l’une

Pour certains, le nom viendrait de la couleur de la pierre. Elle est différente du reste de la Cathédrale édifiée avec une pierre locale blanche, la pierre de Caumont. Plus jaune, elle provient des carrières de Saint-Maximin dans la vallée de l’Oise. Une couleur caractéristique qui pourrait faire penser que la tour a été sculptée dans une motte de beurre

Seconde explication : une partie des frais de la construction avaient été couverts par le produit d’une aumône acquittée par les riches fidèles rouennais. Ils payaient sans sourciller le droit de consommer le bon beurre normand et les autres laitages pendant le carême. Les historiens s’accordent plus volontiers à trouver là l’origine de cette appellation particulière. De nos jours, on n’a plus qu’une très vague idée de ce qu’étaient les privations endurées par les chrétiens avant le concile de Vatican II dans les années 1960 et de l’imagination qu’il fallait pour préparer un repas sans viande, ni graisse animale, œufs et lait.

Mais Rouen n’est pas la seule ville à avoir sa Tour de Beurre. La cathédrale St Etienne de Bourges a la sienne et même… Chicago où le Tribune Tower, gratte-ciel construit comme une cathédrale, présente une parfaite copie de la tour rouennaise.

 

© Daniel Caillet, 2015