… A l’occasion d’une conférence de presse qui se tenait à Paris, le PDG de la Matmut, Daniel Havis, a annoncé la décision de son groupe de stopper le projet de centre des congrès à Rouen. « Après des études économiques multiples, nous ne parvenions pas à trouver un équilibre budgétaire pour ce projet », explique Daniel Havis, qui évoque également un manque d’attractivité de l’agglomération, ainsi que de mauvaises liaisons aéroportuaires et ferroviaires.

Initié en 2010, le palais des congrès imaginé par la Matmut a fait l’objet d’un permis de construire en décembre 2013. Il y a tout juste un mois, un permis de construire modificatif a été délivré par la Ville. Le projet prévoyait la création sur le site de l’ancienne école d’institutrices, route de Neufchâtel, d’un hôtel spa, d’un centre de conférences, d’un restaurant gastronomique – qui devait être dirigé par le chef doublement étoilé Gilles Tournadre -, et d’un parking de 478 places …. « La décision n’est pas très ancienne, assure le PDG du groupe d’assurances, mais il fallait la prendre. »

Le projet remodelé, avec une philosophie différente

Déçu, Daniel Havis confie que « ce n’est pas de gaieté de cœur que l’on renonce à un rêve, mais je ne suis pas un gamin, il faut être réaliste ». Ce projet, il y croyait. Mais tout n’est pas totalement remis en cause. « C’est l’espace de congrès que nous abandonnons. En revanche, le projet immobilier sur cette parcelle foncière va être remodelé avec une autre philosophie. » L’hôtellerie, le spa et la restauration pourraient être conservés. Pourraient y être adjoints « des logements, vraisemblablement », reconnaît le responsable du groupe mutualiste.

La décision de la Matmut s’est très vite répandue dans l’agglomération. Président de la Métropole, Frédéric Sanchez était bien sûr, au fait du verdict de la Matmut. « Le groupe mutualiste a pris progressivement la mesure de l’impossibilité de rentabiliser un investissement de ce niveau-là. La Matmut s’est lancée de sa propre initiative dans ce projet qui représentait un investissement très lourd », rappelle le président de la Métropole Rouen Normandie, « en France, aucun palais des congrès n’est rentable ». Il tient tout de même à se ranger à l’avis de Daniel Havis « quand il aborde deux problèmes majeurs de notre territoire : les infrastructures routières et ferroviaires. Il s’agit d’une question centrale. Je suis inquiet du cavalier seul du département de l’Eure sur la question du ferroviaire. Je m’inquiète également beaucoup des positions de ce même département sur le financement du contournement Est de Rouen. »Ces infrastructures « contribuent étroitement à l’attractivité de notre territoire et je trouve très bien qu’un grand chef d’entreprise le souligne. » Quant à l’avenir, Frédéric Sanchez réitère sa « confiance en la Matmut, grande entreprise qui mise sur Rouen, encore et toujours. Nous ne pouvons que féliciter cette entreprise pour son intervention sur le patrimoine de l’ancienne école d’institutrices qui est aujourd’hui sauvé ».

L’ancien maire de Rouen, aujourd’hui députée (et accessoirement membre du conseil d’administration de la Matmut depuis l’an dernier), Valérie Fourneyron, a indiqué hier après-midi « regretter la décision du groupe mutualiste, mais aussi la comprendre : cette entreprise et ses sociétaires ne sont pas là pour combler un déficit qui n’aurait pas manqué de survenir. Le projet de palais des congrès était important pour notre territoire, reconnaît-elle, aujourd’hui, il ne faut pas nier l’importance du travail réalisé pour la valorisation du site ». Quant à l’allusion au manque d’attractivité du territoire, Valérie Fourneyron estime qu’on « n’a jamais autant avancé que ces dernières années, que ce soit sur le ferroviaire, comme avec la gare rive gauche ou le contournement Est, qui sont entrés dans des phases opérationnelles. Mais c’est toujours trop long… ».

Difficile d’être plus précis sur le devenir du site de l’ancienne école d’institutrices, dont la Matmut demeure propriétaire (elle l’avait acheté pour 4 M€ au Département en 2010). « Aujourd’hui, le foncier est nettoyé, démérulé, les bâtiments qui devaient être démolis l’ont été, constate Daniel Havis. Nous allons redémarrer rapidement une phase d’études en fonction des règles d’urbanisme en vigueur. Il faudra quelques mois de travail pour finaliser un nouveau projet. Et que ceux qui tiennent à l’ancienne école soient rassurés : le bâti sera conservé ».

 

Paris Normandie

 

 

 

 

© Daniel Caillet, 2016