L’homme, né en 1836, quitte l’école très jeune et devient apprenti ferblantier. 1863 est le tournant de son existence quand il s’installe dans l’atelier rouennais de François Depeaux et au soir d’une vie marquée par une production éclectique, il décède en 1917. Il repose dans le sarcophage en cuivre repoussé richement décoré qu’il a lui-même réalisé au Cimetière Monumental. L’art funéraire étant très en faveur, Marrou produisit de nombreux décors pour les sépultures et composa même des tombeaux complets pour les riches bourgeois qui pérennisaient ainsi une vie fastueuse.

 

Un publicitaire hors pair

Due à l’architecte Emile Janet en 1890, sa maison de la rue Verte est un condensé du savoir-faire des artistes de l’époque, mais Marrou y avait eu évidemment sa chasse gardée, la ferronnerie. Bien en vue des voyageurs descendant du train, la façade est un vrai catalogue du fer forgé, mais les autres métaux ne sont pas en reste avec une crête de toit en cuivre et des statues en plomb repoussé. Dans le même esprit, il ouvre en 1902 une agence de vente rue St Romain près de l’Archevêché. Choix judicieux du génial ferronnier qui à coup sûr était en avance sur son temps dans le domaine de la publicité car l’agence ne passait pas inaperçue des ecclésiastiques, excellents clients potentiels. Du sol au dernier étage, les ferronneries étalent savamment l’art du maître devenu fervent adepte de l’Art Nouveau naissant.

Sur la Cathédrale, ni lanternon, ni clochetons, au grand dam des contemporains, Gustave Flaubert entre autres. Barthélémy, le nouvel architecte, propose en 1875 d’adjoindre les éléments manquants, confiant ce travail à Marrou dont ce sera l’œuvre maîtresse. Hauts de 25 m et pesant 25 tonnes, ils sont en cuivre sur un support en bois et fer.

La riche paroisse St Romain se devait elle, de posséder un clocher digne de ses fidèles et Marrou édifie en 1877 un pastiche en plomb Renaissance rappelant les beffrois flamands.

 

Le spécialiste des crêtes et épis de faîtage

Lors de la restauration du donjon du château de Philippe Auguste entre 1866 et 1874, la tour a été surmontée d’un toit conique. Marrou apportera la touche finale avec un épi dont la base est un bouquet de chardons et une girouette en forme d’étendard.

Puis entre 1878 et 1884, il réalise la crête en plomb et les épis de faîtage de la Salle des Procureurs au Palais de Justice tandis qu’au Gros-Horloge, restauré en 1892, ce sera la crête et les épis de faîtage figurant le soleil et la lune avec une frise en plomb Renaissance.

Marrou fabriquera aussi des couvercles de baptistères. La manipulation de celui de la Cathédrale se faisait à l’aide d’une potence en fer forgé, un principe repris à la Basilique de Bonsecours où le couvercle est illustré de scènes de baptêmes alors qu’à St-Vivien, le Christ tient un agneau dans ses bras.

Bien que sa production soit essentiellement rouennaise, Marrou s’illustrera aussi aux environs, réalisant les ferronneries du Palais de la Bénédictine à Fécamp ainsi que la coupole et le campanile du monument Jeanne d’Arc de Bonsecours. Ce sera l’une de ses dernières réalisations monumentales.