Venus du monde entier, les touristes veulent voir le bûcher où le 30 mai 1431 périt Jeanne d’Arc, la « vedette locale » dont l’aura est telle qu’elle est connue et représentée un peu partout. Mais elle doit aussi affronter la concurrence de « Jeanne d’Arc » étrangères, agents actifs de libération de leur pays qui se sont inspiré de son exemple, si bien que son nom est devenu leur surnom.

Ainsi, les Chinois vouent une admiration à celle qui voulait bouter les Anglais hors de France en les renvoyant à l’une de leurs propres légendes, une jeune fille entraînée aux arts du combat et à la stratégie. Elle avait pris la place de son père dans l’armée en endossant un costume d’homme et devint général sous le nom de Hua Mulan. Personne ne sut qu’elle était une femme et quand la guerre fut terminée, elle demanda à avoir un cheval rapide comme seule récompense et continua le tissage qu’elle faisait avant la guerre.

Au Japon, notre « meneuse d’hommes » symbolise le courage et en Corée, on la porte aussi aux nues. Comme en Chine, l’épopée de Jeanne d’Arc renvoie à l’histoire du pays avec quelques similitudes. Yu Gwan-Sun fut, en 1919, une héroïne du mouvement d’indépendance coréen. Après avoir soulevé le peuple, les Japonais la capturèrent pour la couper en trois avec un sabre. Elle avait 16 ans, trois de moins que la Pucelle lorsqu’elle fut jugée.

 

Icone et mère spirituelle

Les Grecs la comparent à deux de leurs figures légendaires, Manto Mavrogenous la noble, et Bouboulina, issue d’un milieu populaire, qui eurent un rôle déterminant dans la libération de leur pays au XIXe siècle, après l’occupation turque.

En Hongrie, Hanna Szenes, juive émigrée en Palestine, fut envoyée en mars 1944 par les services spéciaux en Yougoslavie avant d’être arrêtée puis fusillée à 23 ans.

En Albanie, Yanitza, à la tête d’une armée exclusivement masculine se signala en faisant le coup de feu à la tête des troupes lors des événements du début du 20e siècle. Tout comme Michelina de Cesare, paysanne napolitaine, qui lutta pour Dieu et son roi, Francesco II. En 1868, elle est capturée, torturée, tuée et exposée nue par mépris.

 

© Daniel Caillet, 2015