Le vocable pourrait avoir un rapport direct avec le saint Candide du Cotentin. Mais est-ce bien sûr ? Certainement moins que l’accent qui, tout comme pour la Fierte St Romain, n’est pas de mise ici. Prononcez donc « St Cande » et non point « St Candé » pour ne pas être pris pour un horsain ignare. Et pour paraître encore plus savant, n’allez pas confondre St Cande le Jeune et son ancêtre St Cande le Vieux ou le Vieil, église édifiée à l’emplacement de la place Gaillardbois actuelle. Détruite après la Révolution, sa tour avait un petit air de ressemblance avec celle de St Pierre du Châtel, notre célèbre ruine urbaine toujours debout à quelques pas de là. La cadette donc, St Cande le Jeune fut construite au 11e siècle (St Victor à l’époque) comme une sorte de monument de la Victoire en rappel d’un duel épique qui marqua les esprits. Sa belle tour gothique d’emprise carrée, élevée quelques siècles plus tard et toujours visible aujourd’hui dans la cour de l’Hôtel Asselin (à l’angle des rues aux Ours et de la Champmeslé), était coiffée d’une flèche en bois et de plomb sur laquelle trônait un coq rivalisant fièrement avec le carillon qui ravissait les enfants du quartier en jouant « Le Bon Roi Dagobert ». Les destructions successives n’épargneront que cette tour ainsi que le pignon de l’édifice. L’ensemble est désormais sauvegardé jalousement dans la cour de la résidence construite il y a une dizaine d’années à la place des bâtiments de la Société Normande d’Electricité qui avaient investi le site depuis 1894.

 

De Gaalor à St Cande

Fort heureusement, il reste aujourd’hui dans la rue aux Ours, une charmante petite fontaine en pierre qui était alimentée par la source Gaalor. Son beau fronton cintré supporte un vase entouré de deux dauphins alors que le tympan présente un écusson avec trois fleurs de lys entre des rameaux qui ont remplacé les armes de la ville. Une plaque explicative rétablie en 1939 complète le décor : « Du règne de Louis le Grand… Cette fontaine publique a été construite L’AN MDCCIX. » D’abord installée le long du mur du cimetière de l’église, elle a été épargnée par les bombardements qui ont ravagé le quartier lors du second conflit mondial. Mais il est fort dommage qu’elle ne réponde plus à sa vocation première toute simple. Comme la majorité des fontaines rouennaises, elle ne dispense plus le divin breuvage.