Les fouilles battent leur plein à l’aître Saint-Maclou de Rouen

Patrimoine. Les fouilles ont commencé à Saint-Maclou. Jusqu’au 5 août, les archéologues grattent la terre pour mettre au jour des centaines d’ossements et répondre à une question : les victimes de la peste y sont-elles vraiment enterrées ?

Le squelette est resté enfoui là des centaines d’années. Ses côtes, son bassin, émergent très nettement alors que, coup de pinceau après coup de pinceau, les archéologues le délivrent de son écrin de poussière. Depuis que les fouilles ont commencé au cœur de l’aître Saint-Maclou lundi, des os comme ceux-là apparaissent à chaque coup de truelle. « Et on n’en est qu’aux niveaux supérieurs, note Aminte Thomann, archéo-anthropologue à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), coresponsable des fouilles avec Cécile Niel, ingénieure de recherche au CNRS. On a entendu que tous les corps avaient été transférés au Mont-Gargan après la fermeture du cimetière en 1782. On voit bien que ce n’est pas le cas ! »

L’an dernier, lors du diagnostic préventifles professionnels avaient pu, sur une infime partie, creuser jusqu’à 1,75 m. « Et nous n’avions pas touché le fond », poursuit Aminte Thomann. Mais les premières découvertes ont été telles que la Métropole et le ministère de la Culture ont donné leur accord pour réaliser des fouilles approfondies, durant cinq semaines, cet été.

Saint-Maclou, cimetière de la peste oui ou non ?

Cette fois, c’est sur une portion de 12 mètres sur 3, située entre le calvaire et le bâtiment, que l’équipe s’affaire. Et l’objectif est bien d’aller jusqu’au fond, « jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’ossements ». Sur les premiers niveaux, les archéologues ont déterré des sépultures entières, des ossements en vrac, des tessons de poterie, des clous de cercueils et divers éléments de vêtements, comme des boutons ou des épingles de linceuls. Tout se fait entièrement à la main – « d’abord à la pelle-pioche pour dégrossir, à la rasette pour bien mettre à plat, puis à la truelle pour faire apparaître les squelettes » – et en public puisque l’aître reste ouvert tout l’été.

Les ossements proviennent de corps « modernes », c’est-à-dire enterrés entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. La finalité de ces fouilles est d’atteindre la partie du Moyen-Âge, pour répondre à une question cruciale : l’aître Saint-Maclou servait-il oui ou non de cimetière aux victimes de la peste noire, comme il est écrit dans toutes les brochures touristiques ? « Cela n’a jamais été étayé, relève Aminte Thomann. La grande peste noire date de 1348, alors que le premier terrain de Saint-Maclou a été acheté en 1355. Tout ce que l’on a prouvé pendant le diagnostic, c’est qu’il y a bien, en profondeur, une densification d’ossements. Mais est-ce que c’est dû à la peste ? »

Après les fouilles qui doivent s’achever le 5 août, certains prélèvements, comme la pulpe dentaire, seront envoyés pour analyses paléomicrobiologiques dans des laboratoires canadiens, afin d’y trouver éventuellement trace du bacille de la peste. Les résultats devraient être connus d’ici un an. Les ossements, eux, seront étudiés à l’Université de Caen et feront l’objet de recherches. « Même les squelettes modernes sont très intéressants et ont des choses à nous apprendre sur l’organisation des cimetières », estime l’archéologue, en tenant un fémur d’enfant rachitique entre ses mains, signe de carences élevées. L’aître Saint-Maclou n’a décidément pas fini de révéler tous ses secrets. Mais pour la première fois, il est permis de creuser !

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Des travaux en 2018

Les fouilles à l’aître Saint-Maclou précèdent les travaux de restauration qui pourraient intervenir à partir du mois de mars 2018. Ce haut lieu du patrimoine rouennais doit en effet devenir, à partir du printemps de 2019, un centre d’artisanat d’art. Le projet, porté par la Métropole Rouen Normandie est estimé à 10 millions d’euros hors taxes.

« Saint-Maclou, c’est mon enfance »

Autour d’Aminte Thomann de l’Inrap et de Cécile Niel du CNRS, c’est une équipe d’une douzaine d’étudiants en archéologie qui creuse. Ils viennent de toute la France (Caen, Strasbourg, Poitiers, Bordeaux…) mais aussi de Slovénie, du Pérou ou encore du Québec ! Si ces fouilles dans un lieu aussi exceptionnel et atypique que l’aître Saint-Maclou est une sacrée aventure pour eux, elle l’est encore plus pour Loïc Lefèvre, 25 ans, Rouennais. « Pour moi, l’aître Saint-Maclou, ça m’évoque mon enfance. Mes premières terreurs, avec le chat calciné, s’amuse le jeune homme, étudiant à Paris. Fouiller dans sa ville, c’est une telle fierté. »

Loin des clichés d’Indiana Jones, Loïc a mis un pied dans l’archéologie lors d’un stage, à l’âge de 14 ans, et il n’en a plus décollé. Et qu’importe s’il faut rester huit heures par jour, le dos courbé, les yeux fixés sur le sol, à gratter la terre. « Ce qui me motive, c’est de savoir ce qu’il y a derrière. À chaque fois, j’ai envie de gratter un peu plus, et un peu plus, pour en découvrir davantage. »

Loïc Lefèvre a décroché une licence d’Histoire et une licence d’archéologie. Il veut désormais entrer en Master 1, à l’Université de Caen. « J’aimerais faire de l’anthropologie funéraire. Peut-être dans la Protohistoire ou histoire médiévale… Mais si je m’écoutais, j’irais partout. » La passion avant tout…

 

 

Paris Normandie

© Daniel Caillet, 2017