Au n°51 de la rue St Eloi, une plaque rappelle l’existence du Jeu de Paume des Bracques où Molière joua tandis que Corneille rencontrait l’actrice Mlle Duparc à qui il dédia ses « Stances à la marquise ». La troupe se produisit à Rouen de mars à octobre 1658.

Une autre actrice illustre de cette époque était Marie Desmares plus connue sous le nom de. « La Champmeslé »

Actrice et tragédienne née à Rouen le18 février 1642 ,elle est fille d’un receveur du domaine de Normandie et fait très tôt ses débuts d’actrice à Rouen. Jeune veuve, elle se remarie en 1666 avec l’acteur Charles Chevillet, connu à la scène sous le nom de « Monsieur de Champmeslé ». En 1668 ils intègrent la troupe du Théâtre du Marais, où elle incarne Vénus dans La Fête de Vénus de l’abbé Claude Boyer. L’année suivante, elle est Hermione dans Andromaque d’un jeune dramaturge débutant, un certain Jean Racine. Elle obtient avec ce rôle un grand succès à l’Hôtel de Bourgogne où elle joue devant la reine.

 

L’égérie racinienne

Elle se lie alors d’une amitié passionnée avec Jean Racine qui écrira certaines de ses plus belles et fines tragédies pour elle. Elle sera tour à tour Bérénice (1670), Monime dans Mithridate (1673), Iphigénie (1674) et Phèdre (1677), mais cette dernière pièce n’ayant rencontré qu’un succès mitigé, La Champmeslé quitte Racine pour le comte de Clermont-Tonnerre. Un quatrain est alors en vogue dans la capitale :

« À la plus tendre amour elle était destinée, qui prit longtemps Racine dans son cœur ; Mais par un insigne malheur le Tonnerre est venu, qui l’a dé racinée ».

Deux ans plus tard elle passe, avec son mari, dans la troupe de Molière. Elle y reprend les rôles que Racine lui avait écrits et s’empare du répertoire tragique que Molière met à l’affiche, telles que la plupart des tragédies de Corneille. Lorsque les deux troupes fusionnent pour donner naissance à la Comédie-Française en 1680, la Champmeslé est l’une des principales sociétaires. Elle meurt le 15 mai 1698 durant les représentations d’Oreste et Pylade. La Fontaine lui a dédié sa fable Belphégor et Boileau l’a immortalisée à sa façon : « Jamais Iphigénie en Aulide immolée, ne coûta tant de pleurs à la Grèce assemblée que, dans l’heureux spectacle à mes yeux étalé, en a fait sous son nom verser la Champmeslé ».