Pétition en ligne : https://www.change.org/p/patrimoine-mondial-de-l-unesco-sos-aitre-saint-maclou

 

 

Ne touchez pas aux arbres ! Virez vos commerces, ce n’est pas l’endroit !« Souviens-toi de la Peste, ressens la Peste »
C’est cela qui est recherchépar cette architecture appelée Aître,comme un cadre géant valorisantla Fosse Commune centrale,c’est elle qui est commémoréedans toute la disposition de l’édifice.L’âme de cet endroit est dans son sol… et preuve que cela vous échappe,vos bancs sont tournés dans le mauvais sens!!

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1986, Les Monuments Historiques s’attaquent à une aile de l’Aître pour la restaurer. Après 3 mois de travaux, sur une première zone ils nous laissent une dizaine de mètres de grandes vitrines en menuiserie aluminium… pour « remettre en valeur » la partie déambulatoire du cloître de l’époque. Dans les faits, « l’Aquarium » est né, nous l’avons baptisé ainsi, a cause du sentiment qu’il procure.

Années 2000, le film « Les Misérables » est en partie tourné dans les ruelles du vieux-Rouen, et quelques scènes à l’aître Saint Maclou. L’équipe des décorateurs du film installe des cache-misère en catastrophe pour cacher l’Aquarium et rendre le tournage possible: panneaux de contre-plaqué et toiles peintes qui serviront à camoufler le saccage. Le travail des décorateurs est toujours en place actuellement, 15 ans après… Il suffit de se pencher pour voir les surfaces vitrées derrière le décor. Un vandalisme caché.
Les élèves des Beaux Arts ont en ce temps là régulièrement manifesté pour préserver leur école dans ce lieu unique, certains allant même jusqu’à menacer de boycotter leur diplôme. Jean Lecanuet, maire de l’époque, se rend sur place un après-midi et demande à son ami, le peintre enseignant Robert Savary, ce qu’il pense de ces restaurations. « Il ne manque plus que les lanternes rouges et les prostituées derrière les vitres », répondra t-il sur un ton méprisant.

Et nous y sommes. Comme une idée fixe, la ville a enfin réussi à chasser les élèves des Beaux Arts, par des manœuvres plus ou moins douteuses et les projets farfelus refont surface.
C’est officiellement annoncé: On prévoit d’y installer des commerces, d’abattre les arbres… Car si les bâtiments sont classés, l’atrium et l’atmosphère particulière de l’ossuaire ne l’est pas.
Les projets semblent concorder pour vouloir détruire ce lieu trop représentatif d’un symbolisme de mort, état d’esprit en conflit avec la tendance 68tarde actuelle. Couper les arbres, installer des commerces et un salon de thé c’est saccager un lieu hors du commun, en lui ôtant sa sérénité, son calme, sa beauté sauvage et austère.

Ils ont du être extrêmement déçus lors du sondage de terrain (annoncé en fouille archéologique) entrepris en mars dernier dans cette cour. Ils auraient certainement préféré ne pas retrouver de restes, il y avait des milliers d’ossements. Tellement d’ossements dans le sol que pendant des semaines nous avons aperçu des dizaines d’os humains traînant en surface après un rebouchage hâtif.
Cela aurait été un bon argument médiatique pour montrer que le temps a fait son travail, qu’il ne reste plus rien, qu’il ne faut pas être « passéiste ».
Réalité violente: tout est toujours bien là.

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Cet endroit est le dernier ossuaire d’Europe. Il a survécu aux incendies, aux Calvinistes, il ne survivra pas a la tendance bobo!
D’urgence il faut créer un « Comité de Défense », faire classer cet endroit dans son intégrité et pas seulement sur les éléments qui le composent, c’est un Atrium, la cour carrée.
Commerces et échoppes vont détruire l’ambiance de cette cour et le sentiment de mort qui y règne. C’est lui qui dérange, ce lieu est un hommage à la mort, il n’y a nul besoin de l’exorciser.

Dix millions d’euros ont été annoncés pour ce projet de « Reconversion » scandaleuse.
« Reconversion » est l’horrible terme employé pour ce projet, comme un aveu d’intention, une provocation délibérée.

Tant d’argent… Pourquoi ne pas plutôt en faire profiter l’Histoire, pour restaurer cette magnifique Danse macabre sculptée en haut relief sur les colonnes, saccagée en d’autres temps par d’autres sagouins idéologistes. Ce qu’il en reste est suffisant pour une reconstitution fidèle et les dessins de la Danse macabre sont aux archives municipales, les Compagnons du Devoir en sont tout à fait capables.
Pourquoi ne pas envisager ironiquement de placer des empilements de fémurs pour redonner au bâtiment sa fonction d’ossuaire primaire, comme c’était le cas entre les poutres sculptées…
Cela semble t-il si surréaliste d’imaginer une véritable restauration? Oui, la mode est à la récupération, au syndrome de la Pyramide du Louvre, à l’anachronisme, à la destruction des symboles austères : le 68tard n’aime pas les pavés, « sous les pavés la plage », vive Rouen-Plage.

Nous sommes dans un ossuaire, ne vous en déplaise. Ici la mort est devenue splendeur, et son silence règne. C’est cela que tout le monde savoure en rentrant dans l’Aître, cet îlot de silence hors du temps, amenant au recueillement sur une catastrophe historique, sur la mort des autres, sur son propre rapport a la mort. C’est insupportable semble t-il, au point de vouloir à tout prix détruire ce pouvoir. Il est architectural, il est dans la conception du lieu, dans la disposition des bâtiment comme un cadre géant sur un centre, la Fosse commune et les ossements d’en dessous, ce sont eux qui sont mis en valeur, l’âme de cet endroit est dans le sol.

C’est cela qui sera détruit, il vont garder le cadre et la toile sera vide.
Il faut préserver ce lieu et son atmosphère, le faire classer dans son ensemble, il le mérite, de manière a ce que des caprices idéologiques utopistes ne puissent pas faire de saccages.
Les bulldozers sont en marche… Il existait à Rouen l’Atelier d’Urbanisme, fondé par Alain Gasperini, architecte et passionné de l’histoire de Rouen, à qui nous devons une grande partie de son charme actuel, sauvant des maisons à colombages du ravage du béton des 30 glorieuses, nous laissant des beaux quartiers piétons actuels. Ce comité de préservation a empêché la ville de commettre des dégâts irréparables, n’hésitant pas à racheter des maisons à colombages dans d’autres villes pour les reconstruire dans les rues où elles ont été démolies.
Il agissait comme une sorte d’ange gardien du patrimoine rouennais en évitant d’importantes fautes de goût. Depuis que l’Atelier d’Urbanisme n’existe plus, ou ne fait plus parler de lui, toutes les rues pavées de Rouen disparaissent progressivement… Il faut créer un Comité d’Urgence pour préserver l’Aître Saint Maclou, imposer le standby de ce projet destructeur.
Signons la pétition.

~ l’Amour plus fort que la mort ? ~
L’insistance de la ville à vouloir a tout prix amener de la vieavec des commerces et des animations trahit une volonté de détruire la nature même du lieu, qui est tout l’opposé de cette vision de place animée. Et le projet n’est pas innocent, il est une méthodologie peace&loviste : l’amour doit triompher de la mort. C’est une base éthique pacifico-utopiste, employée ici dans une grande aberration.
 Par l’introduction du commerce, on noyaute le projet de base de ceux qui ont bati ce lieu en injuriant ce chef d’oeuvre, en se débarrassant du sentiment qui s’en dégage. L’Atrium, tout comme le cloître, servait à s’isoler du monde extérieur, dans un espace délimité de 4 murs lointains, ici sur le thème de l’ossuaire: le visiteur ne voit que des crânes, devant, derrière, sur chaque cotés, dessous. C’est dans ce but que les bâtiments ont été construits, afin d’isoler le promeneur de ce qui l’entoure, pour qu’il se commémore la grande épidémie de la Peste Noire, pour qu’il ressente ces centaines de milliers de cadavres qui gisent sous ses pieds.
C’est bien dans ce but unique que cela a été construit, ce n’est pas une décoration morbide et gratuite, mais une architecture destinée à forcer l’isolement intellectuel, et susciter des pensées précises. C’est cela qui est condamné et le champ est libre car c’est malheureusement cela qui n’est pas classé aux patrimoine des monuments historiques.

Les arbres en particulier, ils délimitent concrètement la fosse commune sur laquelle ils sont enracinés. Ils ont poussé avec le « jus des morts ». Les couper est un acte de vandalisme, un outrage a ce lieu et à tout ce qu’il représente. Ils sont l’élévation, le recyclage, le passage symbolique, la transformation par les quatre Eléments: la vie éteinte, enterrée, qui s’élève dans la sève.
Il faut le leur hurler: « Ne touchez pas aux arbres! Virez vos commerces, ce n’est pas l’endroit…Ne touchez pas à ces arbres-là! Ils sont beaux, ce sont les témoins de l’histoire. Ils sont partie intégrante de ce grand tout. »
Dans l’Aître Saint Maclou on est encerclé par la mort, et c’est ce qui fait la force du lieu. Elle est représentée sur chaque centimètre carré de bois sculpté, elle pèse, et cette symbolique apporte un sentiment inégalable, c’est ce romantisme qu’il faut protéger.
Préservons la magie du lieu: « Souviens-toi de la peste, ressens la peste, revis la peste ». C’est cela qui est porté depuis des siècles, et cela fonctionne, c’est ce que ressentent les touristes qui rentrent., c’est ce qui fascine.

C’est à la symbolique de l’Aitre Saint Maclou que l’on s’attaque ici et avec une détermination quasi religieuse, comme une allergie à tout ce qui n’est pas assez rose. Il semble que nous ayons quelques dirigeants à Rouen qui ne supportent pas la mort et sa représentation.
L’Aître Saint Maclou est une fosse commune de pestiférés magnifiée, un voyage au royaume des Morts et certains veilleront à ce qu’elle le reste.

Olivier Tarabo, mai 2016

© Daniel Caillet, 2016