Même si les graffiti existent depuis la nuit des temps (précurseurs préhistoriques, témoignages des grognards napoléoniens sur les pyramides égyptiennes, bateaux stylisés gravés sur nos églises régionales…), même si on peut donc faire quelques exceptions pour des inscriptions anciennes à caractère historique ou symbolique, leur recrudescence et leur banalisation dans la bonne ville de Rouen en inquiète plus d’un.

Et pourtant, les graffiti n’ont pas toujours été une pollution visuelle, une calamité diront certains, mais une nécessité pour une bonne gestion de la ville et la vie quotidienne de ses habitants. Ils indiquaient aux passants le nom du lieu où ils étaient et on les retrouve encore aujourd’hui gravés sur nos murs. Si certains ne méritent pas d’explication particulière, « Rue Gros Horloge » (sous la voûte du beffroi) ou « Eau de Robec » (angle rue du Pont de l’Arquet), d’autres ont une origine plus insolite.

 

Des noms d’emprunt

Souvent, ils reprennent le nom d’un propriétaire. Ainsi, la rue « Macé », autrefois rue du Refuge en rappel d’un couvent de filles pénitentes, la « Rue Ricardière » (désormais voie privée débouchant rue aux Ours) ou la « Rue Boutard » (nom gravé sur l’église St Godard).

Les anciennes enseignes ont inspiré entre autres la « Rue du Rozier », la « Rue de la Rose » et la « Rue du Chapron », au niveau de la place St Vivien. La « Rue du Chouquet » est le souvenir inscrit dans la pierre, de la distribution de bûches à la veille de Noël par les échevins de la ville, aux habitants les plus marquants. Le chouquet désignait aussi un banc en bois.

La « Rue du Petit Musc », voie supprimée vers 1865 pour le percement de la rue de l’ Hôtel de Ville, était quant à elle habitée par des femmes de mauvaise vie. C’était antérieurement la rue Pute-y-Musse, muce ou muche, terme désignant une cachette. La « Rue Bourgerue » (actuelle rue de Germont) a tiré son nom d’un lieu infect et malsain, un bouge.

Parfois, c’est un évènement comme la venue d’un cardinal à Rouen en 1596 qui a donné le nom à la « Rue de Florence ».

Pour d’autres, plusieurs hypothèses peuvent être avancées. C’est le cas de la « Rue Damiette », référence à une certaine Dame Miette, souvenir de la prise de Damiette par St Louis, ou pour les étymologistes, rappel de la mecte désignant une borne ou une limite, un vieux mot venant du latin meta.

Très ténues sont parfois les traces restantes et il faut avoir un œil averti. Ainsi, sous la plaque actuelle de la rue de Montbret, on aperçoit encore le « s » final de la vieille « Rue Pincedos ».