En cours de tournage du film « Camping 2 », on peut évoquer le village de tentes que connurent les quais de Rouen dès la fin du 19e siècle. Village modeste certes. Deux « tentes » seulement qui ne ressemblaient en aucune manière aux modèles « igloo » ou similaires qui envahissent notre littoral pendant la belle saison. C’était en fait à l’origine des hangars métalliques ouverts sur les côtés. De type Eiffel, entièrement rivetés à chaud, ils protégeaient les marchandises et permettaient à la douane d’exercer ses contrôles assez confortablement. Dénommées tentes A et B, elles deviendront hangars 1 et 3 et seront complétées au fil du temps par des auvents longitudinaux pour protéger les voies de chemin de fer, puis clôturées en 1929 pour éviter les vols de plus en plus fréquents. Sérieusement endommagées pendant le second conflit mondial, elles seront réaménagées de façon précaire pour abriter les nouvelles grues américaines de déchargement, tellement volumineuses qu’il faut alors supprimer les auvents. De 1967 à 1969, c’est la construction du pont Guillaume le Conquérant qui impose la suppression de deux travées de la tente A, réduite de plus de 30 mètres. Les défenseurs de patrimoine industriel, satisfaits de conserver la tente B, la moins malmenée, n’eurent que quelques années de répit.

 

Un relooking utopique

La disparition des sympathiques maisons bigarrées de la rue du Champ de Foire aux Boissons et le relooking de l’avenue Pasteur sonnèrent le glas de leurs dernières espérances. On croyait alors créer une perspective avec vue sur la Seine dans le prolongement de l’avenue en rasant la tente B. Utopie complète avec un fleuve trop encaissé à ce niveau, mais le résultat est là, le village de tentes a disparu. L’aménagement récent des quais et la réhabilitation du hangar 1 ne feront jamais oublier que la folie et l’incompétence des hommes sont à l’origine de beaucoup de déboires pour notre patrimoine.

Décidément, peu de chance que Rouen accueille l’équipe de tournage de « Camping 3 » ! Et le hangar 1 est maintenant le hangar A, une petite consolation.