Rouen n’a pas attendu l’Armada, fut-ce celle du siècle pour focaliser les regards.

De nos jours, le public retrouve avec nostalgie les grands voiliers. Il y a juste cent ans, les yeux en l’air et avec un regard d’enfant, il osait toiser l’avenir.

Si 1910 fut une année riche en évènements avec le passage à Rouen du « Pourquoi Pas ? » du Commandant Charcot (une plaque commémore cet évènement depuis le 5 juin) et de terribles inondations, c’est surtout le fulgurant essor de l’aviation qui marquera à jamais les esprits.

Après les premiers vols à moteurs en 1903 puis l’invention du manche à balai, un événement défraye la chronique le 25 juillet 1909. Le français Louis Blériot vient de traverser la Manche en aéroplane, reliant Calais et Douvres et dès lors, l’utopie d’Icare se transforme presque en quotidien. Les merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines, inventeurs et aventuriers intrépides, démontrent que leurs ambitions sont réalistes. Lors de la « Grande semaine d’aviation » organisée du 19 au 26 juin 1910 (le 9e grand meeting mondial), la foule des Rouennais ravis montrait sa passion pour les techniques modernes et l’entrée de plain-pied dans une ère nouvelle. Frustrés l’année précédente en découvrant dans le hall de l’Hôtel de France, la « Demoiselle Santos-Dumont » clouée au sol, ils attendaient cette fois son envol avec une grande fébrilité sur l’aérodrome de Rouen-Bruyères où les marchands avaient installé leurs stands pour la grande fête.

 

Records en tous genres

Les vedettes de l’époque étaient Morane qui atteindra 434 m, Hanriot, Paillette ou Cattaneo qui sera félicité par Blériot lui-même pour avoir remporté le concours de vitesse, 9 km en… 7 mn et 20 s sur son engin très proche de celui utilisé un an auparavant pour la traversée de la Manche. La concurrence était âpre entre ces passionnés qui sacrifiaient déjà à la publicité et disposaient de stands pour abriter appareils et matériel des mécaniciens.

Bien sûr, à l’heure des longs courriers qui sillonnent nuit et jour les cieux, le biplan Farman piloté par Efinioff qui virait à 20 mètres de hauteur autour d’une balise prête à sourire. Comme tous les premiers avions, il manquait de stabilité, mais les progrès seront si rapides que ces engins rudimentaires participeront aux combats dès 1914.

Aujourd’hui, à quelques mètres à vol d’oiseau du Zénith, un seul souvenir rappelle l’aérodrome du Madrillet fermé le 3 décembre 1968 et les exploits des pionniers : une modeste stèle à la mémoire de Louis Antier, pilote et président de l’Aéro-club de Normandie qui s’écrasa sur les sapins du terrain le 29 mai 1938. Ou comment zénith et nadir peuvent parfois se rejoindre dramatiquement.

 

© Daniel Caillet, 2016