Artiste, écrivain, historien, observateur curieux de la vie rouennaise, expert duchampien, trublion azimuté, Patrice Quéréel était tout cela à la fois. Il est décédé dans la nuit de vendredi à samedi 20 février 2014, à l’âge de 68 ans, des suites d’un cancer… Nous regretterons notre ami Patrice, membre actif très apprécié de « P’tit Pat’ Rouennais ».

Hommage à Patrice Quéreel,…

Snif. Que reste-t-il du curieux historien disparu ? Une bibliographie longue comme le bras et une pléiade d’actions à prolonger. Juré ?…

Nommé à la rédaction de Rouen en 1999, les anciens journalistes m’ont refourgué Patrice Quéréel. « Chacun à son tour ! » Bien contents. Moi aussi. Voilà comment tous les mois, toutes les semaines, parfois plus, le trublionesque histrion poussait la porte pour vendre une idée, placer un projet, donner corps à un rêve. Avec, c’était devenu une drogue dure, une publication avec photo dans Paris-Normandie. L’intégralité de tous les articles publiés, bien des collègues s’y sont également collés, formerait un fort volume. Instructif, curieux et amusant à l’image de son auteur.

Pèle-mèle : un duel à l’épée au cimetière Monumental, L’Univers Cité, la suppression de Noël, un complet rose praline qui l’habillait en barbe à papa géante, une tentative avortée de candidature à la mairie de Rouen, le demi-parapluie pour moins gêner autrui, sa nouvelle barbe taillée en forme de gidouille, un séjour de cinq jours dans une chambre reconstituée derrière la vitrine d’un antiquaire de la rue Damiette, entre son lit et la table où il mangeait son steak cru quotidien. Ou encore, la dégustation d’un sein en caoutchouc ornant le rare et onéreux catalogue de l’expo surréaliste de 1947. Il aura fallu du chocolat et de la banane mais Pat et ses douze (!) convives l’ont ingurgité. D’autres ? Alors oui, son bain de midi, nu dans la Seine devant les centaines de badauds du Quai des livres. Avec sortie et séchage en public, pieds nus sur le gazon. Son indéfectible sourire aux lèvres. Son pare-cons, sa gourmandise.

Séditieuses colonnes

Il y aura également les inventions et révolutions comme le distributeur d’argent gratuit crachant des billets aux passants incrédules de la rue de la République. Comme le Premier Cimetière Mondial de l’Art, à Nolléval, où l’artiste comportemental Pierre Pinoncelli se fait enterrer vivant. Comme son Muséum des arts défécatoires qui faisait sourire le maire de cette commune du sud du département. Le conseil municipal lui accordera d’ailleurs une subvention… Comme ces visites-surprises aux élus et candidats, déguisé en abbé des Connards, accompagné du fidèle Dominique, le peintre Vervisch.

Et les sauvetages, aux nombreuses tentatives pas toujours transformées. Deux combats perdus dominent. En 1991, le paquebot Gambetta, piscine qui terrifia l’écolier et chef-d’œuvre Art déco sacrifié. En 2005, le Palais des congrès, édifice honni qui tombe en lambeaux, noyé et souillé par les squatteurs.

Les autres : l’école normale d’institutrices, les colonnes érotiques des hôtels de Romé et Jubert de Brécourt, rue de l’Hôpital, la façade sixties du parking de la gare routière et celle de la place Saint-Marc, les bâtiments de la Jouvence de l’abbé Soury…

Au final, de quoi remplir une vie. Bien réelle.

PHILIPPE TUAL Paris Normandie

biographie express d’un homme peu pressé

Né le 14 septembre 1946 à Rouen, Patrice Quéréel ferme les yeux à Dieppe dans la nuit du 20 au 21 février 2015. Un week-end, bien sûr, pour ce faux dilletante doublé d’un forçat des lettres et des images. Passé par le lycée Corneille, le professeur de français laissera le souvenir du bizarre de l’enseignement différent aux élèves de l’établissement sottevillais Marcel-Sembat. Mais après tout si, Marcel Sembat ! En 1967, le jeune peintre expose parallèlement à la rétrospective que la ville doit et concède aux Duchamp. Marcel visite la galerie rouennaise, les deux hommes se croisent en silence. Patrice se rend au musée des Beaux-Arts, rentre et casse ses pinceaux. L’anartiste né à Blainville-Crevon restera la grande affaire de sa vie. En 2014, aux éditions des Falaises, l’écrivain publie Marcel Duchamp, l’indigène. La somme d’une vie de recherches, un prisme inédit pour comprendre un homme et une œuvre, un livre riche et élégant, la clef d’une énigme, évidente comme dans un Lupin. Un livre qui fera taire les pousse-mégots et les peigne-moumoutes. Il était temps. Bel effort. Merci Patrice.

Essai de bibliographie

La Modification de Michel Butor, Paris, Hachette, 1973, 94 p.

Au feu, les manuels : l’idéologie dans les manuels de lecture à l’école élémentaire, Paris, Édilig, coll. « Les Cahiers de l’Éducation permanente », 1982.

La Ville évanouie – Rouen : un demi-siècle de vandalisme, préface de Guy Pessiot, Saint-Aubin-lès-Elbeuf, Page de Garde, 1999, 381 p.

Prendre Duchamp à R (r) ouen, Saint-Aubin-lès-Elbeuf, Page de Garde, 2000

Rue du chant de foire aux boissons, C’est la faute aux copies, 2000

Tabous : précit, Rouen, Le Veilleur de proue, 2000, 100 p.

XXe un siècle d’architectures à Rouen, préface de Patrice Pusateri et Michel Nouvellon, Rouen, ASI, 2001, 157 p.

Le Dernier Signe de Duchamp, Yvetot, Galerie Duchamp, 2001

6 J (Ci-gît) Premier cimetière mondial de l’art, livre-objet, Prendre Duchamp, 2004.

Rouen érotique, photographies de Serge Périchon, Rouen, Le Perroquet bleu, 2006, 184 p.

Tout pour la gueule : Rouen 1952, une mission photographique en secteur prolétarien, Rouen, ASI,‎ 2006, 221 p.

Madame Bovary, ready made, Rouen, Le Perroquet Bleu, 2008.

Le Rire à la rouennaise, PTC, 2008.

La Noël du Fou, Rouen, Le Perroquet Bleu, 2009.

Parties, livre-objet, Rouen, Le Perroquet Bleu, 2010.

Rouen pot de chambre, Rouen, Le Perroquet bleu,‎ 2011.

Libère ton ortografe, livre numérique, App’éditions, Le Perroquet Bleu, 2012.

Jeanne d’Arc érotique livre fait-main, Rouen, Le Perroquet Bleu, 2013, 48 p.

La Mariée mise à nue, Rouen, Le Perroquet Bleu, 2013.

Le tramway N° 5, Rouen, Le Perroquet Bleu, 2013.

Marcel Duchamp : l’indigène, Rouen, Éditions des Falaises, 2014, 159 p.

 

© Daniel Caillet, 2015