Personne d’entre vous n’ignore que Maclou et Malo est un seul et même personnage. Peu importe qui a implanté son patronage à Rouen, qu’il nous suffise, en dehors de la légende de savoir que le groupe humain, puis communauté installée vers le XIe siècle au pied des remparts, dans ce qui n’était que des marécages était suffisamment travailleur, organisé, pieux et généreux pour installer sous son patronage une chapelle qui serait à l’origine de l’église érigée en paroisse en 1234 au temps du roi Louis IX et intégrée à l’intérieur des nouveaux remparts.

Dans les années 1430, le roi de France est Charles VII (que Jeanne la Pucelle a fait consacrer en 1422 à Reims), mais une grande partie du pays, dont la Normandie est toujours sous domination anglaise puisque le roi n’entrera à Rouen qu’en 1449. Ce n’est pas encore une période très dynamique, mais outre les monuments en dehors de l’enceinte qui avaient tous été démolis avant le siège de 1418, on songe à l’intérieur des murailles, à réparer ou reconstruire St Ouen, St Vincent et St Maclou en particulier, qui sont délabrés et menacent ruine. C’est en 1436 que les paroissiens se décident à reconstruire leur église qui s’est écroulée, en son centre, comme indiqué dans certains documents, et est inutilisable.

Le quartier est un de ceux qui sont actifs, grâce au Robec qui fait tourner les moulins et assure l’eau dite courante. « St Maclou comptait de riches marchands comme Jean d’Ouville qui finança partiellement la construction, Dufour (plus tard anoblis par Louis XI sous le nom de Dufour des Presses), des familles nobles comme les La Chesnaye, dans la rue Damiette et des valets de la draperie, des foulons, des teinturiers… » Quartier vivant donc dans une « grande mixité sociale » comme on dirait aujourd’hui. L’aître St Maclou, enceinte funèbre qui subsistait dès le XIVe est en cours d’agrandissement, mais ne possède pas encore ses célèbres galeries dites de la « danse des morts ». Il ne sera terminé qu’en 1526, 5 ans après la consécration de l’église.

Le plan de la nouvelle église a été dressé en 1436 par Pierre Robin « sergent d’arme et maçon du roy » auteur du « parchemin où l’église est jectée toute complète », Le chœur est implanté en 1437 pour être ouvert au culte en 1446, soit en une dizaine d’années pour sa construction. C’est Ambroise Harel qui terminera par la façade en 1487 (Charles VIII) En 1514, Pierre Gringoire a fini d’élever la tour. L’église quasiment terminée, après que Martin Desperrois eut coiffé la lanterne d’une élégante flèche de bois, nous dit la chronique… sera consacrée le 25 juin 1521 par Georges II d’Amboise sous le règne de François 1er.

En moins d’un siècle de travail ininterrompu, le joyau est sorti de terre et il figure à ce titre sur la célèbre grande vue de Rouen de Jacques Lelieur, même si nous savons que son clocher n’était pas totalement terminé.

Pendant ce temps à Rouen, on avait achevé la tour St Romain, (1478)… A la veille de sa nomination comme maître d’œuvre de la cathédrale (1496), Jacques Le Roux est qualifié de maître d’œuvre de l’église St Maclou pour des travaux dont nous ignorons tout : alors que la construction de la tour lanterne était commencée, Jacques Le Roux travailla-t-il au jubé et à la rose ? Nous ne le saurons sans doute jamais. La Tour de Beurre était construite (1487-1508) ; le grand portail de la cathédrale (1509-1521) venait d’être terminé par Rouland le Roux. L’Hôtel des Finances (1508-1542), ainsi que le Palais de Justice étaient en construction, toujours sous la direction de Rouland le Roux, et le cours de la source de Darnétal « fut continué jusqu’à l’endroit où est la fontaine de St Maclou » en 1510. A défaut d’être celle que l’on connaît, la fontaine est déjà présente contre l’église.

C’était une paroisse très importante puisqu’en 1521, Périaux nous raconte que les ravages de la peste « furent tels qu’en un jour de dimanche, à l’église St Maclou, on ne compta que 40 personnes, compris les prêtres, quoique auparavant, il y eut dans cette paroisse plus de 15.000 communiants. Il mourut dans Rouen plus de 50.000 personnes ».

Les finitions de l’église avec la tour du clocher seront assurées en 1530, 6 cloches fondues par Jehan Lefebvre, ayant été mises en branle pour la première fois en mai 1529.

Voilà pour l’histoire. Parlons maintenant d’architecture.

Le monument, long d’environ 50m (47,5m), large de 25m (24,60) et d’une hauteur sous voûte de près de 23m (22,80m) présente un vaisseau de 6 travées, flanqué de bas-côtés et de chapelles sur toute sa longueur. Bien que nettement marqué dans l’espace, le transept n’apparaît pas en plan.

Mais c’est surtout son aspect Normand, caractéristique des réalisations des maître d’œuvre travaillant à l’époque dans la région :

  • La présence d’une pile axiale dans l’abside, donc, sans chapelle d’axe. C’est une disposition que nous retrouvons à Caudebec en Caux, au Neubourg, à St Germain d’Argentan ou à St Pierre de Caen.
  • C’est le principe des galeries de circulations au-dessus des chapelles latérales coiffées de toitures pyramidales (St Jacques de Dieppe), dont une seule, celle du curé, servant probablement de sacristie, englobe un étage
  • C’est le porche avec 5 galbes aigus et décroissants (St Germain d’Argentan, St Gervais et la Trinité de Falaise, ND d’Alençon, ND de Louviers, St Vincent de Rouen).
  • C’est surtout la tour lanterne, haute de plus de 40 mètres La voûte en est supportée par 8 nervures rayonnant autour d’une clé de voûte décorée de style renaissance, et aujourd’hui prolongée par la flèche qui la double sensiblement en hauteur (80m au fleuron supérieur et 84m au sommet du coq).

L’intérieur très dépouillé, et caractéristique de son époque avec ses piliers sans chapiteaux intermédiaires, comporte 3 étages composé de grandes arcades, surmontées, entre deux corniches filantes, d’une haute galerie de circulation formant triforium, puis de larges baies vitrées.

Les murs des transepts sont percés de vaste fenestrages en vitraux se terminant par une rose, entre autre l’arbre de Jessé, dans le bras Nord et la crucifixion dans le bras Sud, pendant que les chapelles étaient éclairées par de belles verrières, la plupart d’origine (XVe et XVIe siècle). Les plus anciens sont dans le chœur puisqu’ils étaient mis en place au fur et à mesure de la construction. Déjà abimés avant la guerre, ce sont des verrières composites en grisaille et jaune d’argent, avec des grands personnages, complétés par de petites scènes théoriquement en rapport avec le saint représenté ou avec des compléments modernes, déjà au XIXe… Mais bien sûr, il faut évoquer la crucifixion et l’arbre de Jessé qui éclairent les transepts Sud et Nord.

Saint Maclou ayant été poursuivie et achevée suivant le plan primitif, à la différence de tant d’autres, elle demeure un spécimen exceptionnellement précieux.

Nous avons là une architecture d’une parfaite unité, caractéristique du style gothique flamboyant : arcs en accolades, remplages compliqués de baies, absence de chapiteaux, profils prismatiques des nervures. Elle est aussi caractéristique de la Normandie de la fin du Moyen âge et de l’art gothique, totalement dépouillé à l’intérieur et très ouvragé à l’extérieur.

Si l’église toute entière fut construite suivant le principe du style gothique flamboyant, sa partie décorative elle, portes, escalier, et buffet des orgues, fut au contraire réalisée au cours du siècle suivant, le XVIe, dans le goût italien.

Il faut s’arrêter sur la tribune et le buffet des orgues. L’escalier qui y conduit, de style gothique flamboyant évoluant vers le renaissance, desservait à l’origine le jubé séparant la nef du chœur, (exemple à Arques la bataille et surtout Saint Pantaléon à Köln) mais probablement, tant pour des raisons de commodité que d’économie on le transféra, ce qui explique ses compléments au décor renaissance, on le transféra avec les orgues qui furent installées par Jean Goujon en 1541 dans une tribune, assise par deux splendides colonnes corinthiennes en marbre noir et gris de Tournai, mais dont le chapiteau et la base sont en marbre blanc. On trouve au registre du trésor de la fabrique de St Maclou allant de 1538 à 1542 (soit une vingtaine d’années après l’ouverture de l’église) mention des travaux confiés à « Maistre Jehan Goujon » :

  • A la date du 22 mai 1541 « Payé à Jehan Goujon, pour avoir fait pourctrait d’un colompne et un pied d’estalle : 57 sous ».
  • Le 9e jour d’aoust 1541, marché a été faict avecques le dit Goujon pour faire et asseoir 2 colompnes de marbre dont les chapiteaulx et la base seront en marbre blanc et la verge et pied d’estalle de marbre noir de Tournay, et doibt avoir le dit Goujon pour les dites 2 colonnes et fondements, 70 éscus soleil, sur quoy lui a été baillé comptant, au pleige de M ; de la Rivière, sur le marché, le nombre de 35 éscus sol, vallant 78 livres 15 solz ». Le compte ajoute aussi que, suivant la coutume, Jehan Goujon toucha 5 sous pour son vin.

Le buffet lui-même avec ses tourelles et ses panneaux décoratifs, dont certains d’une manière évidente sont de réemploi, est l’œuvre collective d’ébénistes rouennais, probablement sous la direction de Jean Goujon qui en aurait fait le dessin, mais exécuté principalement par Nicolas Castille rendu célèbre par les boiseries de Gaillon et qui sculpta aussi à Rouen les portes de la cathédrale.

Dans le compte de 1541, Jehan Goujon en même temps que le projet des colonnes est payé 30 sous « pour avoir faict le devis de peindre les orgues ». Cette décoration fut exécutée par Jacques de Séez. On peut donc s’interroger sur le fait que le buffet des orgues aurait été peint et décapé, alors que le chanoine Loth, qui a tant travaillé sur l’histoire de l’église, affirme que « Ce qui rend la tribune et le buffet de nos grandes orgues particulièrement recommandables à l’attention et à l’étude des hommes de goût, c’est que les boiseries du XVIe siècle sont intactes et n’ont jamais été retouchées ni restaurées. »… C’est au XVIIe que le buffet du positif reprend la structure d’ensemble du grand buffet, et malgré un siècle de distance, s’harmonise parfaitement avec l’ensemble.

Quant à l’instrument de musique, l’orgue, lui-même, il a été entièrement reconstruit entre 1991 et 96 à l’initiative de l’association des « Heures musicales de Saint Maclou » Tenant compte des différents types d’orgues existant à Rouen, il a été inspiré de l’esthétique de l’Allemagne du Nord. Particulièrement adapté pour l’interprétation de la musique allemande des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, sans oublier le répertoire contemporain. Reconstruit en étroite collaboration avec le regretté Jean Louis Durand, l’organiste de la paroisse, par Kern facteur d’orgues à Strasbourg, il est à transmission entièrement mécanique, et comporte 37 jeux répartis sur 3 claviers manuels et pédalier. Il a été inauguré par M.C. Alain le 27 mars 1996.

Revenant à Jean Goujon, celui-là même qui organisa le transfert de l’orgue d’origine, c’est à lui que selon une tradition « plus persistante que respectable » nous dit l’abbé Daoust, sont attribuées les magnifiques portes sculptées. Avec leurs décors si parlant aux chrétiens de l’époque dont beaucoup ne savaient pas lire elles mélangent les scènes et personnages bibliques avec des symboles ou personnages plus terrestres. A noter la disparition du montant intermédiaire datant de la révolution. Le principe des décors est le même sur l’ensemble des portes. Le croquis présenté est celui de la porte Nord, datée au revers de 1552 et consacrée à la vierge, et il faudrait une soirée entière pour détailler chacun des panneaux, avers et envers comme plusieurs auteurs érudits s’y sont employés avec talent et compétence. Sur le détail présenté, on voit la circoncision soutenue par 4 docteurs de l’Eglise nous disent les exégètes : St Grégoire, St Jerôme, St Augustin, St Ambroise, séparés par des chutes de fruits. De chaque côté, en moindre relief, les prophètes Enoch et Elie. En partie inférieure, 2 personnages allégoriques représentant la Foi et la Charité. Rappelons surtout qu’elles constituent un témoignage européen particulièrement remarquable de l’art des « hûchiers » du XVIe siècle.

Les extérieurs, comme par opposition au dépouillement intérieur, sont particulièrement ouvragés dans l’esprit de la renaissance débutante avec le porche à arcades et le grand gâble central. C’est à cette date, à l’occasion du percement de la rue de la République, qu’il faut noter la disparition discutable de maisons gothiques à encorbellement contemporaines de l’église en bordure de la rue Caquerel, pour la création de la future place Barthélemy. Après les 3 travées de la nef et le croisillon du transept marqué par deux tourelles, se développent les chapelles du chevet, avec balustrade, contreforts, arcs-boutants et baies flamboyantes, chacune coiffée de toit conique, comme d’ailleurs les bas-côtés.

On peut aujourd’hui s’interroger sur l’élan d’énergie, les dépenses engagées pour un Saint dont on peut se demander qui il est, d’où il vient, ce qu’il a fait ? Alors avec la même simplicité que nos soit disant pêcheurs bretons implantés dès le XIe siècle (à vérifier) au bord de la Seine et paroissiens de Saint Maclou, devinons à la lumière de cette belle scène extraite du cartulaire de Saint Maclou datant de la même époque que le Lelieur l’histoire de l’arrivée de Saint Maclou à Rouen porté par les flots de la Seine.

Si jusqu’à présent la ferveur populaire unanime avait permis de bâtir ce joyau, le désolant saccage en 1562 (Henri II) par les protestants détruit et mutile de nombreux vitraux ou statuaires. « Les religionnaires… brisèrent les vitres de St Maclou et commirent d’autres dévastations » nous dit Périaux.

Les registres paroissiaux ont conservé le souvenir de ces mois tragiques :  » A Soyer Repel, vitrier, pour avoir refaict toutes les vitres d’entour la nef et du cœur avec les 3 os du cœur de la dite église avec la lanterne du haut : 36 livres 10 sous. Au même pour avoir refaict les vitres de la chapelle de la vierge : 117 sous, 6 deniers » ou encore « Aux gens d’esglise qui ont gardé à l’esglise la nuyt durant que les huguenots voullaient faire leurs jeux… par 12 jours à chacun leur tour : 38 sous »

Le calme revenu, l’entretien courant ou l’embellissement de l’église ne sont marqués que par quelques évènements qu’on peut citer : Si en 1642,  » On plaça… des coqs aux églises de St Maclou, St Denis, St Cande le jeune et st Martin du pont, ce qui fit donner à l’année 1642 le nom « d’année des coqs » le clocher en bois, déjà très endommagé par un ouragan en juin 1683, a été partiellement démonté en 1721 puis en 1735. Ce qu’il en restait a été démoli en 1796 et a été remplacé par un ouvrage provisoire en charpente et couvert en ardoises formant beffroi, et que les Rouennais ont appelé « l’éteignoir ».

C’est au XVIIIe siècle, entre 1745 et 1760, que la fabrique de la paroisse s’engagea dans un décor exubérant, en grande partie détruit pendant la dernière guerre mondiale et dont il reste la poutre de gloire, les fonts baptismaux en marbre avec leur couvercle en bois doré et la chapelle des confessionnaux l’angelot accroché dans la chapelle des fonds est un reste de ce décor.

A la révolution, l’église fut utilisée pour la fabrication des armes de toute espèce et du salpêtre, avec la suppression du montant central de l’entrée principale. Les cloches eurent en 1793 le triste sort de toutes leurs compagnes. Enlevées du beffroi par ordre révolutionnaire, on en fit les canons de la première république. On ne laissa dans le beffroi qu’une cloche et deux tintenelles, qui satisfirent, après le concordat, aux premières exigences du culte en 1802.

En 1826 (Charles X) le curé de la paroisse, Mr Grésil, fit refondre et augmenter la cloche qui subsistait, y ajouta une seconde puis une troisième qui se fêla dans la suite et fut remplacée en 1843. Elles furent bénies toutes le même jour, en 1826, par S.A.E Mgr le Prince de Croÿ, Ce sont les cloches qui existent aujourd’hui, et deux autres ont été ajoutées ultérieurement. Avant 1855, après le percement de la rue de la République, il faut noter la disparition discutable de maisons gothiques à encorbellement contemporaines de l’église en bordure de la rue Caquerel, pour la création de la future place Barthélemy.

La construction de la nouvelle flèche fut commandée début 1868 (Napoléon III) à l’architecte Barthélemy, architecte diocésain qui a déjà réalisé nombre de restaurations sur les églises du département. Terminée en 4 mois pour le gros œuvre, elle ne put être inaugurée qu’en 1871, entre autre en raison de la guerre avec la Prusse. Bien sûr elle accueillit les cloches existantes mais de manière à « éviter l’ébranlement du clocher et d’être faciles à envoler », très probablement sur la recommandation de l’architecte, le mode de suspension des cloches fut changé à cette occasion. Au pied du beffroi refait à neuf, à droite de l’escalier une petite plaque, sans date, porte encore l’inscription : « Ce beffroi et la suspension des cloches ont été faits au moyen d’un legs de Mr Legouy ».

Enfin la sacristie et une chapelle des cathéchismes de style renaissance italienne, par un riche collectionneur Eugène Dutuit, fut rajoutée dans les années 1895 en même temps que le nouveau presbytère, maison gothique en pierre et brique reconstituée par L. Lefort sur le modèle de la maison du gouverneur à Bayeux à l’occasion du percement de la rue qui porte aujourd’hui le nom du donateur.

En 1900, un ouragan arracha la croix du portail. Cette dernière atteignit dans sa chute la partie supérieure du fronton, la statue de Saint Maclou qu’elle mit en pièce, des crochets, la crête de la galerie et autres ornements en pierre qui s’écroulèrent, heureusement sans faire de victime. Une nouvelle croix aussi importante que la précédente fut sculptée, mais dans une seule pierre qui fut amenée à pied d’œuvre par un charroi tiré par 12 chevaux. Sculptée sur place pendant 5 mois par MM Foucher père et fils, et plusieurs tailleurs de pierre, la base supporte une statue de la vierge, et, de part et d’autre deux ampoules ouvragées : Elles rappellent le privilège de l’église Saint Maclou, la fille aînée des archevêques de Rouen, de distribuer de 1514 à 1790 les huiles saintes à toutes les paroisses du diocèse. Quant au Saint Maclou qui couronnait le grand gâble du porche, il a été resculpté, en s’inspirant d’une des figurines d’évêques placées sous le dais, et le sculpteur lui donna , suivant l’usage des anciens maîtres « ymagiers » les traits du curé de l’époque Julien Loth.

Dans l’entre-deux guerres, on signale, en dehors de travaux courants d’entretien, plusieurs lettres de l’architecte de la ville au Maire, lui indiquant, à plusieurs reprises le danger que présentent des pierres du transept Nord qui risquent de tomber rue Martainville. A ma connaissance, le danger est toujours présent.

Le 4 juin 1944, à 15h 30, atteinte par deux bombes, l’église St Maclou a été victime de gros dégâts. La chapelle sainte Clotilde est entièrement détruite ainsi que les 3 piles du chœur. Les voûtes du chœur s’effondrent. Le souffle de l’explosion va soulever la tour lanterne qui tourne sur elle-même, disloquée, tordue. Les tympans des grands arcs de la croisée qui la porte sont fissurés. Les décors du XVIIIe : autels, retables, lambris, ainsi que sa « gloire » qui surmontait le maître autel sont en grande partie détruits. Dès septembre, l’église va être consolidée, en grande partie avec des matériaux de récupération comme des briques fermant les fenestrages détruits, pendant qu’un baraquement provisoire à usage d’église provisoire, barrait la rue Eugène Dutuit.

En 1958, en 1965, enfin en 1980 l’église était partiellement, puis totalement rendue au culte, sans être pour cela hors de danger. Il fallut encore plus de vingt ans pour poursuivre la réparation des dommages encore impressionnants, et dont certaines n’étaient que provisoires.

En 2000, sur la base du dossier mis au point par Dominique Moufle, architecte en Chef des monuments historiques, chargé de l’édifice , et dont les panneaux explicatifs ont été longtemps exposés dans l’église, les travaux sont engagés, sur plusieurs tranches qui concernent théoriquement 4 éléments bien distincts :

  • D’abord la tour lanterne dont les baies avaient été provisoirement obturées avec reprise et confortement des cerclages mis en place, reprise des réseaux avec restitution des vitraux losangés, reprise des balustrades, meneaux et réseaux de la galerie du triforium.
  • La flèche qui penchait dangereusement (on a calculé 80 cm par rapport à la verticale). Ce dévers a pu être ramené à 20cm.
  • La croisée et les bras du transept dont les pignons nord et Sud avec leurs tourelles sont en très mauvais état.
  • La chapelle Ste Clotilde, enfin dont il ne reste rien.

La plaquette de croquis présentée régulièrement a pu montrer l’évolution et les faces cachées du chantier, depuis son installation, avec les échafaudages, les réunions, les moments délicats ou enthousiasmants entre 2002 et 2005, comme l’intérieur de la flèche réhabilitée ou la mise en place des vitraux dans la tour lanterne. L’année 2005 a vu le malheureux arrêt des travaux au détriment des entreprises qui s’étaient fortement investies sur le chantier, puis, les travaux à peine repris, l’incendie criminel et absurde dont les conséquences auraient pu être catastrophique et heureusement arrêté à temps, avec les contraintes de nettoyage et de décontamination. Enfin en 2006 la fin de la 4e tranche, avec l’accord passé avec les partenaires, l’Etat, la ville, les « Amis de Saint Maclou », pour la remise en branle des cloches, après plus de 60 ans de silence pour Pâques 2007, et la réouverture de l’église en juin.

Voilà où nous en sommes.

Pour que notre joyau soit totalement remis en état, il reste avant de reprogrammer la fin des travaux prévus en 2000 et restés sans suite : à faire d’abord un vrai bilan sanitaire des couvertures et des chéneaux pour vérifier l’étanchéité de l’église qui n’est plus réellement assurée depuis un bon moment. Un entretien régulier doit être assuré. Puis sans ordre particulier, la finition des transepts Nord et Sud, et la chapelle Sainte Clotilde. Il faut encore protéger les portes dites de Jean Goujon dont les parties basses sont dégradées, malgré les demandes réitérées, par des nettoyages indispensables dus aux fientes des pigeons, mais inappropriés; sans doute faut-il d’abord se protéger des pigeons comme cela a été fait autour du Gros Horloge. Eventuellement, reposer des grilles devant la façade occidentale, comme celle qui a été mise devant le portail nord, pour protéger les portes contre le vandalisme ; mais aussi nettoyer le porche comme promis depuis des années. Ses voussures, tympans, bas-reliefs sont dans état lamentable justifiant des travaux pour lesquels l’association a confié une somme importante à la ville en 2000 à cet effet.

Il reste encore beaucoup de travail pour la paroisse et « les Amis de Saint Maclou » qui, en étroite collaboration avec tous les partenaires : Etat, Région, Conseil général, Ville, mécènes, comptent sur la participation de tous pour nous aider à faire briller notre joyau… pour la plus grande gloire de Dieu… et pourquoi pas aussi, celle de la ville de Rouen.

 

Alain ROBINNE

 

Bibliographie :

  • Saint Maclou de Rouen – Mgr Julien LOTH, ancien curé de la paroisse
  • Eglise Saint Maclou Rouen – J. DAOUST, docteur d’Etat es Lettres
  • Rouen église St Maclou – D. MOUFLE, architecte en chef des M.H.
  • Analyses Entreprises 2001 et 2003
  • Haute Normandie Gothique – Yves BOTTINEAU-FUCHS
  • Saint Maclou – René HERVAL

Conférence à l’Université Populaire du 11 décembre 2008

© Daniel Caillet, 2018