En l’an 2000, dans le jardin Ste Marie devenu square Maurois, un grand amoureux du patrimoine rouennais remarque une statue en mauvais état représentant un pèlerin. Elle est juchée sur une colonne et noyée dans la verdure. Intrigué, il alerte les autorités qui s’aperçoivent qu’elle appartient au musée des Antiquités qui l’avait oubliée.

D’époque 13e-14e siècle, elle est sculptée dans la pierre et représente St Jacques. Debout, la tête légèrement penchée, tenant un livre dans sa main droite et s’appuyant de l’autre sur un bourdon, attribut aujourd’hui disparu, il porte un chapeau-parasol à larges bords relevés garni d’une coquille (détail déterminant pour l’identification du saint) et un ample manteau aux plis épais disposés obliquement sur son buste. L’œuvre se trouvait sur la façade ouest de la cathédrale avant d’être déposée pour une raison inconnue et d’entrer au musée vers 1880.

 

La statue dénichée

La découverte tombait à merveille au moment où des recherches étaient en cours pour la restauration de l’exceptionnel ensemble de statuaire de la façade occidentale réparti dans des niches ornées de riches dais sculptés et organisé selon quatre registres entre 20 et 30 m de hauteur. Parmi les 50 œuvres originales datant des années 1362 à 1421 figurent, selon les spécialistes, 6 statues du musée des Antiquités et la dernière trouvaille en était une septième qui avant d’être oubliée dans son jardin, occupait la niche 309.

50 statues originales (ou, pour certaines en trop mauvais état et refaites à l’identique) sont exposées depuis le printemps 2002 dans le déambulatoire du chœur. Mais la grande qualité de certaines a amené les spécialistes à décider leur mise à l’abri définitive dans le « Musée de l’Œuvre-Trésor de la Cathédrale ». Des copies en ciment d’une densité voisine de celle de la pierre d’origine ont été faites et mises en place, tous les travaux de nettoyage, restauration et moulage étant effectués par l’atelier Legrand de Darnétal.

La statue doublon de St Jacques bénéficie d’une faveur spéciale puisque comme ses consœurs de même qualité, c’est une copie qui a repris place sur la façade alors qu’une seconde a été replacée dans le jardin Ste Marie pour le plus grand bonheur des amateurs de patrimoine jacquaire.

Une question demeure : pourquoi aux alentours de 1880, cette statue a-t-elle été distinguée et isolée sur une colonne du jardin ? Est-ce un appel pour renouer avec le culte de St Jacques et inciter à reprendre le chemin de Compostelle ? Si oui, pourquoi pas en 2010, 2e année jacquaire du 3e millénaire de l’ère chrétienne ?