Charles Verdrel, négociant en huiles de droguerie et maire de Rouen de 1858 à 1868 était un mégalomane accompli. Son tombeau au cimetière Monumental témoigne de sa folie des grandeurs qu’il voulait faire partager à ses administrés. Le « Baron Haussmann » rouennais avait le « culte de l’axe ». A la tête des bourgeois conquérants de l’époque, il a restructuré la ville en créant deux axes majeurs, nos rues Jean Lecanuet et Jeanne d’Arc actuelles. Mais le percement de la croisée impériale, la rue de l’Impératrice, fut douloureux pour le patrimoine de la cité. Après avoir écarté un projet passant par les rues de la Vicomté, Ecuyère, Dinanderie et du Moulinet, on décide de couper au plus court et donc le plus rectiligne possible entre les quais au sud et les boulevards au nord. Dès lors, pas de sentiment. Globalement, 6800 habitants sont à déplacer et un millier de maisons expropriées sans compter des coupes sombres pour le patrimoine religieux.

 

Des restes de restes, c’est peu

L’église de Saint-Martin sur Renelle, au niveau de la rue Ganterie est purement et simplement rayée de la carte. Démolie en 1861, il reste un pilier de la nef transporté dans le square Maurois et quelques vitraux remontés dans l’église Saint-Romain. Même constat désolant pour l’église St André aux Febvres (les forgerons) de la fin du 15e siècle, dont ne subsiste que la « tour » à la fois gothique et Renaissance. Le clocher était finement sculpté à l’origine, jusqu’à ce qu’un ouragan le renverse le 25 juin 1683. La nouvelle artère a eu malheureusement l’idée saugrenue de passer en plein milieu de la nef, mais deux travées auraient pu être épargnées. Le vitrail de l’Arbre de Jessé, d’abord remonté dans l’église Saint-Vincent, rescapé, est aujourd’hui au Musée des Beaux-Arts. On voulut alors mettre en valeur le peu qui restait en créant un square au pied de la tour et en remontant quelques anciennes façades, toutes incendiées en 1944. 65 ans après, il n’est peut-être pas encore trop tard pour redonner une apparence convenable à ce vestige en le débarrassant enfin de ses inesthétiques et illusoires protections de ferraille et d’une végétation parasite nocive. La pose d’une plaque explicative serait aussi la bienvenue.

 

© Daniel Caillet, 2015