Il faut vivre avec son temps entend-t-on souvent. « Travail » fut longtemps le fil conducteur des rues rouennaises avec sa Bourse édifiée en 1903 en pleine période d’Art Nouveau et détruite en 1948. Sa décoration était due à deux artistes célèbres, le sculpteur Alphonse Guilloux pour une figure allégorique  » La ville de Rouen protégeant ses enfants » et Paul Baudoüin, pour les fresques.

La rue des Boucheries de St Ouen nous transporte toujours au Moyen Âge quand la ville ne disposait que de quatre boucheries. Rue de l’Epicerie, le petit commerce de bouche de proximité avait jadis ses adeptes et l’on vendait des herbes, en fait des légumes verts… rue Herbière. La rue de la Savonnerie, nom déformé pour « saonneries », était celle des activités de salaison et non pas des savons comme on pourrait le croire.

On mangeait et on buvait. La rue du Champ de Foire aux Boissons était le domaine des négociants en vins depuis 1783.

 

Rouen, cité des métiers

Il fallait aussi se vêtir. Rue de la Foulerie, petite voie croisant la rue Eau de Robec où les activités drapières étaient concentrées, les foulons battaient les draps ou la laine tissée dans de l’argile pour les assouplir et les dégraisser. Rive gauche, la place des Cotonniers rappelle ces activités, alors que rue Ganterie, à proximité des tanneries, les gantiers s’étaient établis dans le quartier. A deux pas se trouvaient les corderies (rue du Cordier) et l’on achetait balais et brosses (« vergettes »), rue des Vergetiers.

Rue Dinanderie, les chaudronniers travaillaient le cuivre jaune comme en Belgique à Dinant et l’ »estamyer » était le « potier d’étain » qui travaillait le métal anglais débarqué dans le port (Place de l’Etameur).

Et l’on payait comptant en fréquentant les boutiques de changeurs de la rue du Change.

En ces temps de crise économique, il est sain de se souvenir d’un passé pas si lointain. Ainsi vers 1890 « A Rouen, le beurre coûte 1,50 francs la livre,… le sucre 1,20 francs le kilo,… le pétrole lampant 0,60 francs le litre,… et un appartement ordinaire se loue 200 francs ».

© Daniel Caillet, 2015