Entre les rues du Gros Horloge et aux Juifs.

A l’époque de la construction de l’ancien Hôtel de Ville en 1607, à l’angle des rues du Gros Horloge et Thouret actuelles, ce n’était qu’une étroite ruelle, le passage de la Ronde, du nom de l’église voisine Notre Dame de la Ronde reliant la « cour de Justice » à la rue aux Juifs.

Après destruction de l’église, suppression du cimetière et démolition de quelques propriétés particulières, la rue était ouverte en 1806 et un buste de Jacques Guillaume Thouret installé.

Avocat au Parlement de Normandie et membre de l’Assemblée Constituante qui créa les départements français, ce dernier mourut sur l’échafaud en 1794, victime de la Terreur, bien peu reconnaissante. Quant à l’Hôtel de Ville, il avait cessé d’être la maison municipale trois ans plus tôt. Le buste de remplacement que nous pouvons voir de nos jours, est l’œuvre du sculpteur Jean Marc de Pas, celui-là même qui vient d’embellir le pont Boieldieu de dix statues de grands navigateurs.

Deux feux de joie ont marqué l’histoire de cette artère, le premier allumé par les échevins de la ville en 1650 pour l’arrivée de Louis XIV et le second en 1729 pour célébrer le rétablissement de la santé de Louis XV. En 1857, on découvrait dans le jardin d’une maison 200 boulets de canon, donnant à penser qu’un arsenal existait en sous-sol.

Juste au moment où un projet était présenté pour prolonger la rue jusqu’à la rue aux Ours, en traversant le passage d’Etancourt. Projet sans suite, suivi d’un autre encore plus ambitieux en 1869 qui en élargissant considérablement la voie créait un « boulevard du Palais » allant jusqu’au port. Etait prévu également un nouveau théâtre vers la place Jacques Lelieur et la rue Saint Etienne des Tonneliers. Projet abandonné lui aussi.

Cette rue finalement restée à échelle humaine, était animée autrefois par les enfants de l’école Pouchet – les plus anciens s’en souviennent sûrement – et elle connut les affres de la dernière guerre et le ravage du Palais de Justice. Toujours présente, une gravure sur un mur de la superbe maison néo-gothique construite en 1895 et située à l’angle de la rue aux Juifs, rappelle ce passé douloureux. On peut lire, protégé par une plaque de verre posée en 2007 par P’tit Pat’ Rouennais (association disparue), l’inscription « détruit par les libérateurs ».

 

© Daniel Caillet, 2017