Tandis qu’une masse de touristes se presse sur la place du Vieux Marché pour s’imprégner de la tragique histoire de la Pucelle, d’autres, plus curieux, s’égayent au nord dans une petite ruelle étroite et obscure. Jadis rue de la Chaussée, elle a gardé l’appellation de Ste Croix des Pelletiers du 12e siècle jusqu’à nos jours, sauf à la période révolutionnaire pendant laquelle elle était devenue la rue des Patriotes.

Monument majeur de la rue, l’église est enserrée dans les habitations. Au 10e siècle, c’était une modeste chapelle située hors de la ville. Deux siècles plus tard, elle se retrouve dans un quartier en plein essor grâce aux fourreurs et aux marchands de peaux. Elle devient église paroissiale et est dédiée en 1533, abritant notamment et naturellement la confrérie des pelletiers fourreurs. A la Révolution, elle est désaffectée puis vendue. Elle sert alors d’entrepôt et de chai à vin aux distillateurs Lemirre et Reiss jusqu’aux années 1940, époque où Jules Jacqueline, un mécène, la restaure et elle devient une salle de conférence et de concert inaugurée en 1951 et achetée par la ville.

 

La boîte à sel

Tout près, une bien étrange échoppe. C’est la seule qui subsiste à Rouen parmi toutes celles accolées jadis aux flancs des édifices religieux dès le 16e siècle. On dit qu’elle a pu être la boutique de l’écrivain public. Elle faillit aussi être la « boîte à sel » de la nouvelle salle, en fait le bureau de vente des billets, rappel de la confrérie de St Wulgan pour les porteurs de sel, ce qui expliquerait peut-être une certaine confusion. Juste à côté, subsiste une élégante fontaine autrefois alimentée par la source Gaalor. Elle est datée de 1634 et classée Monument Historique depuis 1943. Démolie et déplacée en 1667, Edward Montier la décrivait ainsi : « Elle est vieille, décrépie. Et bien vite Peut’être disparaîtra. La fioriture usée Au musée Des Antiquités finira. ». Une prédiction heureusement sans suite pour ce petit joyau de la rue. Avant de rejoindre la rue des Bons Enfants, le côté gauche de la voie attire les regards avec au n°21, le beau portail de l’Hôtel de Bondeville du 18e siècle au beau milieu de maisons à pans de bois, repères du « Barbier de sa ville », un salon de coiffure à l’ancienne et du « Chat Botté », une cordonnerie disparue.