Entre les rues aux Ours et du Fardeau.

Fermée en 1956 pour des raisons de sécurité et surtout pour qu’elle ne soit plus un repaire ou un refuge, cette ancienne voie en intrigue plus d’un.

Côté rue aux Ours, le plus intéressant, cette « insignifiante artère », comme la décrivait il y a un demi-siècle déjà Roger Parment dans ces colonnes, n’est large que de 1 m 25. c’est en fait maintenant, après les démolitions opérées sur le côté ouest, un long couloir voûté de quelques mètres, sur le mur duquel à gauche derrière la grille d’accès, on a eu la bonne idée de garder l’ancienne signalétique gravée dans la pierre. Un certain Cardier, Cardière ou Cardiez y aurait habité et un foyer d’accueil de l’institution de Valentin Haüy, le protecteur des aveugles et des malvoyants, y était installé autrefois.

Désormais passage privé, ce boyau étroit est surmonté par une superbe maison à pans de bois de plus de 400 ans qui ne ménage pas les surprises. Une plaque à l’entrée rappelle que la rue aux Ours était jadis la rue aux Ouës ou aux Oies, et une autre l’éclipse du 11 août 1999. En levant un peu plus les yeux, l’ancienne publicité, heureusement sauvegardée et parfaitement restaurée, « toiles blanchies sur le pré » et « toiles bleues et crêmées », évoque l’activité des anciens occupants Playou et Aunay. Encore plus haut, une petite Vierge en céramique, que les vieux Rouennais croient à tort avoir toujours vue, n’a été installée qu’en 2000, à l’occasion de l’Année Sainte ou Jubilé.

Pittoresque et attachante, cette petite rue rayée des plans officiels, aura, bien avant l’heure, préfiguré le centre-ville actuel où l’usage de la voiture est de plus en plus limité. Aucun carrosse n’a jamais pu emprunter la rue Ricardière !