Déjà rue des Gantiers au 14e siècle, voilà une rue pittoresque que les bombardements de 1944 ont malheureusement amputée. Victime de guerre pourrait-on dire. Un flash-back permettra de mieux apprécier le patrimoine exceptionnel de cette artère. Déjà en 1861, les contraintes urbanistiques faisaient des ravages détruisant l’église de St Martin sur Renelle pour le percement de la rue de l’Impératrice, devenue rue Jeanne d’Arc. Plus tard, de belles maisons gothiques à encorbellement subiront les assauts des bombes côté sud entre les rues des Ciseaux (actuelle rue de la Poterne) et Socrate. Disparaîtront les n°s 69 (épicerie Bigot), 71 (menuiserie Blard), 75 (serrurerie Guérard). Le n°85 reste un bel exemple de ce riche patrimoine détruit dont l’un des fleurons était la « Maison Royale », jadis logement de la reine douairière d’Angleterre. Le côté sud ne sera pas épargné avec la disparition au n°58 de l’Hôtel de St Wandrille, propriété de l’abbaye du même nom qui fut aussi avant 1707 Bureau des Finances et dont le splendide escalier partit en fumée.

 

De Duval de Coupeauville à Papa Loulou

L’Hôtel Duval de Coupeauville aux n°72, connaîtra quant à lui un sort plus heureux. De cet édifice Louis XIII où aurait séjourné Voltaire en 1731, invité par son ami le sieur de Cideville, ne restait plus après les bombardements que la façade agrémentée de bossages. Elle sera démontée pierre par pierre en 1955 et réinstallée au nouveau presbytère de Barentin. Une restauration plus discutable sera entreprise en 1949 à l’angle de la rue Beauvoisine (Magasin Antonelle) où du vieux tuileau se mêle aux colombages à la façon bas-normande.

 

Patrimoine immatériel

La richesse patrimoniale reste aussi dans le souvenir d’une population qui a pu connaître le restaurant Dupas près du Carrefour de la Crosse, à l’enseigne « Grande Rôtisserie Moderne », la librairie papeterie Buchy-Methivier, l’imprimerie Aubriet ou le Père Carbonnet, marchand d’huile. Ou encore, le « Bec Parisien » qui vendait les célèbres « Becs Auer », héritiers des antiques becs papillon utilisés pour l’éclairage au gaz. La musique était elle aussi bien représentée avec les magasins du musicien Haumesser dont les concerts étaient fort appréciés et le Père Rézeau, dit « Papa Loulou », facteur d’instrument de musique au n°10. Parmi les commerçants populaires, une place particulière sera réservée à M. Dervois, ami de Georges Dubosc, qui avait créé au n°91, le « Musée de la rue ». Il y exposait documents et photos d’actualité. Ce fut le cas pour le centenaire de la mort de Napoléon 1er en 1921. Quant aux gantiers, fort nombreux dans le quartier dès le 13e siècle à proximité des tanneries, ils ont déserté la rue depuis la fin du 19e siècle et leur souvenir n’est plus qu’une évocation gravée sur une banale plaque de rue.

© Daniel Caillet, 2015