Entre les rues des Bons-Enfants et Saint Patrice.

Elle conduisait autrefois à la porte d’Arras, porte qui avait été fermée au 13e siècle.

Elle sera fermée à nouveau, bouchée ou étoupée définitivement en 1527, puis détruite en 1633 lors de la construction de l’Hôtel d’Arras. C’est ce dernier qualificatif, « étoupée », vieille expression normande, qui subsistera en interpelant plus d’un. Un nom commun devenu nom propre, voilà une nouvelle origine des appellations rencontrées dans la ville. (Il existait d’ailleurs une autre rue Etoupée, sans doute l’ancienne rue Tuvache, dans le quartier Martainville).

Courte et étroite, le promeneur découvrira successivement selon un axe sud – nord, tout d’abord, une superbe bâtisse Renaissance au n°10, dite « Cité de Jérusalem » et datée 1580. En façade, trois bas-reliefs nous content une belle histoire ; celle de deux frères pèlerins qui voyageant séparément depuis de nombreuses années, se retrouvèrent dans la ville sainte en y pénétrant par des entrées opposées. En levant davantage les yeux, c’est peut-être la plus belle lucarne de Rouen qui s’offre au regard. L’ensemble de la propriété, appartenant désormais à la MATMUT, bénéficie de travaux de restauration remarquables pour la création d’appartements de qualité.

Les armoiries des familles Toustain et de Croixmare au n°21 et celles du n°51 mériteront aussi une petite halte, tout comme le cadran solaire au n°38, sur une belle maison de 1910, œuvre de Georges Ruel, architecte et artiste, qui sut si bien défendre les maisons rouennaises à pans de bois. Sur ce cadran, une inscription « Ultima quando », « à quand l’heure dernière ? », incitera à une grave réflexion, tandis qu’à quelques mètres, une autre, gravée sur le mur d’une ancienne rue disparue, la rue du Petit Musc, rappellera que le quartier était très fréquenté jadis par les filles de joie. Peut-être se rendaient-elles, à deux pas de là, chez le tavernier de la Maison de la Poterne à la fin du 16e siècle.

Cohabitation et promiscuité étranges, puisque on pouvait aussi croiser dans la rue les religieuses des Nouvelles Catholiques, communauté fondée en 1675 et disparue en 1824.

Et tout en haut de la rue, au niveau de la rue Saint Patrice, une visite confidentielle vous fera découvrir la casemate, un ouvrage militaire de défense à 6 m. sous terre. Construit à la fin du 15e siècle, au fond du fossé et au pied des remparts, on y rencontre une habitante insolite, la Niphargus, petite crevette cavernicole blanche et aveugle, dans un ruisselet qui acheminait l’eau d’une source vers l’un des puits de la ville.