A une époque où les maîtres mots sont hygiène et sécurité, l’histoire de cette rue défraye la chronique plus que toute autre. Malgré son assainissement après l’épidémie de choléra en 1832, elle resta longtemps un foyer pestilentiel innommable.

Eugène Noël, dans le « Journal de Rouen » nous la décrit : « Des taudis noirs en ruines accumulés les uns sur les autres sans rues et sans ruelles, ayant entre eux communications par des crevasses, par des éventrements, par des perches suspendues. De la cave au grenier on pouvait aller de tous dans tous. Impénétrable à la police, au fisc, l’obscur labyrinthe n’était ouvert qu’aux gueux […]. On y pouvait naître, vivre et mourir incognito. Lorsqu’il fut question de démolir cette cité puante, où le choléra fit ses premiers et plus terribles ravages, on chercha les propriétaires de ces étranges immeubles ; on ne les trouva pas. De fait, il n’y en avait point… »

Auberges et tavernes, « Le Petit Corset », « L’ami du Cœur » ou « Le Pot cassé », avaient sombré dans un sordide qui rivalisait avec les cours obscures mal fréquentées. Celles « du Puits d’Or » ou « du Mouton » étaient particulièrement à fuir.

Très ancienne, la rue s’est d’abord appelée Martinville du nom d’un ancien fief du 12e siècle. Mais son nom pourrait aussi venir de « Martin Via », la voie de Mars, rappel d’un temple bâti à l’emplacement de l’église St Paul.

Elle s’est aussi appelée « Chemin du Ny-de-Chien » au 11e siècle, quand les ducs de Normandie y avaient leurs chenils, et rue de la Liberté en 1794.

On y découvrit au début du 17e siècle les sources ferrugineuses de « La Marêquerie », établissement réputé et concurrent des « Eaux de St Paul ». Une pollution catastrophique conduira à sa fermeture en 1903.

Elle était au 16e siècle la voie la plus importante de la cité tant en nombre d’habitants qu’en activité commerciale et artisanale. C’était aussi la seule conduisant à Paris, par la porte Martainville, située au 10e siècle près de l’église St Maclou et qui sera souvent déplacée. Juste à côté était le « Vivier du Roi » alimenté par le Robec et l’Aubette.

Une voie royale.

Les notabilités, princes, rois ou ecclésiastiques pénétraient dans Rouen à ce niveau, comme le petit Louis XIV alors âgé de 14 ans en 1650. Cette ouverture vers la capitale, souvent assiégée au cours de son histoire sera rasée en 1783, tout comme la gare Martainville récemment.

Daniel Lavallée, défenseur éminent des pans de bois de la ville, œuvrera ici avec efficacité.

Martainville, une rue au patrimoine très riche, allant de l’église et l’Aître St Maclou, unanimement admirés, à des éléments plus modestes mais remarquables comme des sablières datées. Au n°210, alors que la façade a été magnifiquement restaurée, on déplorera dans la cour intérieure, l’état alarmant d’un bel escalier Louis XV. Il est vraiment regrettable ici comme ailleurs, que le côté caché ne soit pas à la hauteur de la vitrine sur rue.