Une rue très étirée le long de la rivière et entrecoupée de ruelles d’un gabarit inhabituel dont le nom évoque une époque elle aussi pittoresque. On croise ainsi les rues – mais c’est un bien grand mot – de la Foulerie, Garde Monsieur (une rue fermée de nos jours par des portails métalliques), du Pont de l’Arquet et du Pont Codrille (une croyance populaire voulait que le codrille soit un petit œuf avorté pondu par un coq). On peut aussi rejoindre la rue des Faulx par le curieux passage privé de la Petite Horloge.

Comme en témoignent deux plaques commémoratives, des Rouennais célèbres naquirent dans cette rue, Edouard Adam en 1768, physicien inventeur d’une méthode distillatoire, et Jules Adeline en 1845, dessinateur aquafortiste. Alexandre Barrabé, notaire et maire de Rouen entre 1876 et 1881 y habita.

D’autres éléments de petit patrimoine sont également à remarquer. Sans être exhaustif, on peut citer des maisons datées, dont quatre sur des sablières, des bas-reliefs tels celui du n°136 et cet autre dit « alchimique » sur la maison de 1588 au n°186, des monogrammes aux n°s 64, 148 et 174, des statuettes de bois au n°243, quelques enseignes, et enfin la petite horloge, sans intérêt historique, dans le passage du même nom.

Même si la rue est devenue l’une des plus belles de la ville grâce à la rénovation de la quasi-totalité des façades, on regrettera cependant que les contraintes urbanistiques aient conduit à supprimer un nombre important d’intéressantes maisons à pans de bois. Entre 1966 et 1970, la rue a d’abord été défigurée par la construction de l’îlot A 1, anachronique dans cette rue et d’une banalité affligeante, entraînant la suppression des rues Barbet et du Corbeau. Puis en 1975, afin d’agrandir l’hôpital Charles Nicolle, ce sera au tour d’une grande partie du côté sud à être saccagée. Disparaîtront entre autres les maisons au n°29 du toilier – teinturier Delle et au n°97 des marchands – teinturiers Godebin. Toutes deux d’époque Louis XV, c’est une piètre consolation de retrouver aujourd’hui leurs façades remontées maladroitement, au fond de la place du Vieux Marché.

Quant au Robec, recouvert totalement en 1941, une évocation des temps anciens sera tentée par la reconstitution symbolique d’un nouveau « ruissel », alimenté par l’eau de ville et enjambé çà et là par quelques passerelles en béton. Nostalgie, quand tu nous tiens !