Entre la rue des Boucheries Saint Ouen et le boulevard Gambetta.

La rue Eau de Robec dont le nom vient de la « rivière de Robec », réhabilitée dans les années 1970, est l’une des rues les plus pittoresques de la cité. Gustave Flaubert qui y habita, écrivait dans Madame Bovary : « La rivière, comme une ignoble petite Venise, coulait en bas, sous lui, jaune, violette ou bleue, entre ses ponts et ses grilles. Des ouvriers, accroupis au bord, lavaient leur bras sur l’eau. Sur des perches partant du haut des greniers, des écheveaux de coton, séchaient à l’air… »

Un auteur chinois s’exprime même ainsi : « il y avait en Europe une rue sur laquelle on comptait plus de cinq cents ponts, et dont l’eau changeait de couleur plusieurs fois par jour. »

Et l’on retrouve trace aux archives d’un procès tenu en 1513 entre les teinturiers de Rouen et ceux de Darnétal pour l’usage des eaux, à une époque où le quartier comportait aussi un couvent réputé, celui des Célestins, et le cimetière des Huguenots entre les rues Eau de Robec et Saint Hilaire.

C’est dire que l’histoire de la rue et du quartier est marquée essentiellement par ce souvenir diffus bien ancré dans la mémoire collective. Un souvenir, aidé par les vieilles photographies et les cartes postales, d’une rue habitée autrefois presque exclusivement par les teinturiers, foulons et fabricants de drap, qui au 19e siècle rejoindront le quartier Saint Gervais. Leurs maisons desservies par des passerelles, étaient coiffées de « greniers – étentes » souvent prolongés par des perches ou « pentheurs » sur lesquels les étoffes séchaient.

Dès 1880, la rue sera envahie par les brocanteurs et les antiquaires quand la rivière sera presque entièrement recouverte de ponts et de planches. A cette époque, la maison des Quatre Fils Aymon, dite aussi des Mariages, à l’angle de la rue du Ruissel, était un lieu de rendez-vous très fréquenté par la classe ouvrière. Outre un café au rez-de-chaussée, les étages étaient aménagés en garnis où l’on pouvait dormir sur des lits de paille pour quelques sous. Une pancarte indiquait « Ici on loge la nuit. Chambres populaires. Première nuit 50 centimes, deuxième nuit 20 centimes ». Longtemps abandonnée, squattée et mutilée par les clochards, elle sera achetée par la ville en 1960, puis par l’Education Nationale en 1976 qui y créera le Musée de l’Education ouvert en 1983.