Eugène Noël, écrivain rouennais est l’auteur de « Rouen, Rouennais et Rouenneries ». Rouenneries, un drôle de mot pour désigner quoi au juste ? Explication.

L’ouest rouennais avait naguère la réputation de quartier de maraîchage, en raison de la présence de nombreuses sources, mais c’était aussi un quartier de filature et de tissage. En attestent, les nombreux greniers à « étente » et les magnifiques hôtels particuliers des propriétaires d’ateliers fabriquant toiles, mouchoirs et tissus, indiennes notamment. Jusqu’à la fin du 18e siècle, la culture du coton était l’affaire des pays d’Asie et de l’Inde qui fournissaient l’Europe. A partir de 1740 cette dernière pousse St Domingue à cultiver le coton et la production atteint 6 millions de livres en 1789.

Au début du 18e siècle, un riche marchand n’ayant pu vendre son stock de coton, alors utilisé pour la fabrication des mèches de chandelles, décide de faire filer et tisser cette fibre. Le succès du nouveau tissu est foudroyant. Une toile de coton est fabriquée à Rouen, et imitée par d’autres fabriques. Dénommée « rouannerie » en1798, elle devient « rouennerie » en 1800.

 

Rouleau et planche

Deux techniques apparaissent alors. Du 18e au début du 20e siècle, l’impression sur tissu, préalablement blanchi, se faisait à l’aide de planches à bois gravées en relief et il y avait autant de planches que de couleurs. C’était l’impression dite « au rouleau ». Oberkampf installa sa première machine dès 1788 à Jouy-en-Josas. Elle permettait d’exécuter le travail d’environ 40 imprimeurs à la main. Bonvallet fut quant à lui le premier à employer une machine au rouleau en relief pour l’impression d’étoffes de laine vers 1755 mais c’est l’écossais Atkin qui inventa en 1772 une rotative avec rouleaux gravés en creux, idée reprise par Thomas Bell qui déposa son brevet en 1783. Cette deuxième technique est dite « à la planche ».

De nombreux sites régionaux sont restés célèbres : Bolbec, Déville et la vallée du Cailly, Amfreville-la-Mivoie (usine Kettinger), Rouen et la Vallée du Robec. Dans les quartiers ouest, on retrouve, à St Gervais, une Confrérie des Fabricants et Tisserands de Toiles créée en 1676, avec des statuts extrêmement précis et qui fut fréquemment en conflit avec son homologue de la ville de Rouen.

© Daniel Caillet, 2018