Comment imaginer l’activité intense que connaissait Rouen autrefois au temps de sa splendeur maritime. Sans s’attarder sur les grands découvreurs dont les bustes ornent le pont Boïeldieu, on peut tout en flânant, découvrir et interpréter les petits trésors que la rue recelle encore. Aucun doute devant la façade du n°32 de la rue St Nicolas qui présente un plateau de fruits de mer bien tentant, illustration parfaite de Rouen port de mer. Au n°38 de l’avenue Gustave Flaubert voici les initiales « PB » de l’armateur Pierre Bataille. Le motif de l’attique symbolise son activité, une proue de bateau avec une référence à la navigation et au commerce, une sirène d’un côté et un triton de l’autre.

 

Tout pour la marine

A quelques encablures, le remarquable oriol au n°8 de la rue François Lamy est celui d’un autre armateur qui l’utilisait pour surveiller les mouvements de ses navires dans le port. Place Henri IV et rue d’Harcourt, ce sont quelques inscriptions murales en souvenir de la forte présence de transitaires et de magasins spécialisés comme « Tout pour la Marine ».

A l’angle des rues Eau de Robec et Edouard Adam, une vieille enseigne rappelle qu’à l’origine, au n°112 de l’avenue du Mont Riboudet, se trouvait la caisse des congés payés des dockers. Le « retour du 112 » est donc un clin d’ œil du propriétaire du bistrot aux dockers qui s’y autorisaient une halte après avoir touché leur pécule. Une époque chère à Mac Orlan qui nous transporte dans les bars à matelots de la rue des Charrettes ou à l’Océanic Bar. Un temps où les « soleils » cuvaient, au sens propre du terme, au pied des barriques sur le port et qui connut un tournant en 1783. Jusqu’à cette date les négociants en boissons étaient rassemblés rue du Quai aux Celliers et le long du Quai de Paris. Pour des raisons de sécurité, les réserves d’alcool et autres alambics ont dû alors être transportés hors des murs, limitant ainsi le risque d’incendie. Naissait alors la rue du Champ de Foire aux Boissons avec ses pittoresques maisons des « bouleurs de fûts ». Aujourd’hui, les nouvelles maisons basses colorées à la « Burano » avec un éclairage public suspendu entre les façades comme les étendages de linge d’autrefois, évoquent tant bien que mal tout ce pan d’activité portuaire et d’histoire disparu à jamais. Quant au chai à vin, il n’est plus qu’une désolante coquille vide alors que rue Duguay Trouin, le foyer des marins et la chapelle Saint Olaf (image à la Une) restent les seuls et modestes lieux de vie pour les nostalgiques.

 

© Daniel Caillet, 2017