À Rouen, le chai à vin doit devenir un casino

Patrimoine. Le chai à vin doit devenir, d’ici quelques années, un complexe dédié au divertissement, avec casino, cabaret, restaurants panoramiques et musée. La Ville, comme les défenseurs du patrimoine, applaudissent.

En 1950, il était le plus grand lieu de stockage des pinardiers d’Europe. Dans quelques années, le chai à vin, dont la silhouette si particulière émerge de l’esplanade Saint-Gervais, à l’ouest de Rouen, deviendra un complexe dédié au divertissement. À l’intérieur, un casino – 1 000 m² de machines à sous, 390 m² de tables de jeux – un cabaret, deux restaurants panoramiques avec vue sur la Seine, un espace dédié à l’œnologie et un musée des arts forains, pour faire le lien avec la Saint-Romain qui s’y tient, tout autour, depuis l’automne dernier.

Ce dossier, porté par Eiffage Construction, est le lauréat de l’appel à projets Réinventer la Seine, face à trois autres candidatures. « Cette proposition est intéressante à deux titres : le premier avantage, c’est qu’il permet de revaloriser et réhabiliter un élément du patrimoine emblématique de Rouen et de son port. Le deuxième, c’est la dimension d’attractivité, en lien avec la Seine, qui nous a paru pertinent », note Christine Rambaud, adjointe à l’urbanisme à la Ville de Rouen. Quand on sait que le casino de Forges-les-Eaux attire 350 000 visiteurs par an, et que ses résultats le classent 13e au niveau national, on mesure tout le potentiel d’interposer un tel établissement entre Paris, dont la population est demandeuse, et la côte, qui en compte une vingtaine. Les différents acteurs avancent la création de 300 à 400 emplois.

Un an pour obtenir le label station touristique

Mais pour accueillir un casino, il faut remplir un certain nombre de critères afin d’obtenir l’autorisation du ministère de l’Intérieur. « Nous devons d’abord demander le label station touristique. Il faut monter un dossier, cela peut prendre un an. » Suivront ensuite toutes les procédures d’appels d’offres, de délégation de services publics pour trouver les exploitants, les travaux… Il va en couler de l’eau sous le pont Flaubert avant de pouvoir flamber au black jack dans les coursives dessinées par Pierre-Maurice Lefebvre.

Le chai à vin n’est plus à quelques années près. Depuis sa fermeture en 1981, et une courte reconversion en bureau des douanes jusqu’en 1993, le bâtiment tout de briques vêtu attend son heure. Le Grand port maritime avait lancé un premier appel à projets, infructueux. La typicité de l’architecture et les 15 millions d’euros nécessaires à sa rénovation ont rebuté. « Réinventer la Seine » a donc permis de mettre un nouveau coup de projecteur sur cet élément du patrimoine portuaire auquel les Rouennais sont très attachés. « Cela fait des années qu’on attire l’attention sur la nécessité de faire quelque chose du chai à vin, lance Jean-Pierre Chaline, président des Amis des monuments rouennais. On se réjouit qu’un projet aboutisse enfin ! » L’association n’est pourtant pas toujours d’accord avec l’exploitation moderne des vestiges du passé, comme la transformation du donjon tour Jeanne d’Arc en escape game. Mais cette fois, le projet ne trouve que des échos positifs. « Il n’y a rien, dans le chai à vin, qui contredise une utilisation muséologique ou commerciale. Ce n’est pas comme de programmer des comédies au sein de l’aître Saint-Maclou, où reposent encore de nombreux morts. » Et dernière preuve, s’il en fallait, du caractère exceptionnel de l’opération : le projet prévoit également la construction d’un parking silo de 540 places. À Rouen, c’est devenu rarissime !

 

 

Quid des autres sites ?

Le chai à vin n’était pas le seul site rouennais participant à l’appel à projets Réinventer la Seine, mais il est le seul à avoir trouvé preneur. L’ancien centre aquatique L’Océade – verrue de l’île Lacroix – n’a intéressé personne. Pour l’église Saint-Paul et le CFA proche, deux dossiers ont été déposés mais « n’ont pas trouvé leur modèle économique », relève Christine Rambaud. L’idée de reconversion n’est pourtant pas abandonnée : au moins l’un des deux porteurs de projets souhaite approfondir sa proposition.

Quant à l’espace libéré, en amont du 106, par la démolition du 105, il a fait l’objet d’une seule candidature. Pas suffisant pour la Ville, le Port et la Métropole qui, persuadés du potentiel du site, relancent un appel à projet cet été.

 

Paris Normandie

 

© Daniel Caillet, 2017