Potluck: les indiens d’Amérique, au Muséum d’histoire naturelle de Rouen

 

En marge de la restauration de la galerie des continents, le Muséum d’histoire naturelle de Rouen (Seine-maritime) accueille une exposition réalisée grâce à la réunion des musées métropolitains rassemblant diverses œuvres en lien avec les Amériques: à voir jusqu’au 21 janvier 2018.

Cette nouvelle exposition nous dévoile la façon dont les européens échangent avec les Amériques et considèrent ses autochtones, depuis la découverte par Christophe Colomb jusqu’à l’époque moderne grâce aux prêts des musées de la métropole d’objets de collection en lien avec les Amériques.

Potluck : échange de bons procédés

La réunion des musées de la Métropole permet d’établir des ponts entre les collections des musées le Secq des Tournelles, de la céramique, des beaux-arts, la corderie vallois et la fabrique des savoirs d’Elbeuf. Orchestrée par Sylvain Amic, cette exposition rassemble bois sculpté, peintures, pièces de coton imprimé, photographies ou enseignes sur le thème des Amériques et permet de comprendre comment nos rapports avec ce territoire et ces hôtes ont pu évoluer du 15e siècle au 20e siècle. Le titre choisi pour cette exposition fait référence à une vieille tradition anglo-saxonne que l’on pourrait traduire par « la fortune du pot »: un repas commun constitué grâce à la contribution de chacun des convives. Ces échanges entre musées sur une thématique bien précise permettent effectivement de valoriser les fonds des musées et d’enrichir nos connaissances dans un domaine spécifique.

Mythe ou réalité: bon sauvage ou barbare cannibale?

De la découverte des Amériques à nos jours, ce continent et ces hôtes n’ont pas cessé de stimuler l’imaginaire des européens, fascinés par ces peuplades. Les indiens sont tantôt représentés en sanguinaires barbares ou en bons sauvages comme c’est le cas dans la frise sculptée provenant de la maison du 17 rue Malpalu détruite lors du percement de la rue de la république. Certains philosophes du siècle des lumières se penchent alors sur ces questions et tente de dénoncer l’esclavagisme. Mais jusqu’au début du 20e siècle les indiens d’Amérique de passage à Rouen sont encore clairement exploités. Rouen garde par exemple le souvenir de la venue d’indiens Osages en 1827 originaires du Missouri et dont la tournée fut gérée par un impresario. Ce genre d’évènement relève alors du grand spectacle: les indiens sont mis en scène paradant dans les lieux publics vêtus de leurs parures traditionnelles. Mais, exploités par leurs impresarios, il seront abandonnés à leur sort misérable et ne devront leur voyage retour qu’à la mise en place d’une souscription publique.

Commerce triangulaire: des pages sombres

Rouen, comme de nombreuses villes portuaires françaises s’enrichit grâce à la traite des nègres. La ville contribue en effet au commerce triangulaire et parvient à se hisser au rang de 4e port négrier de France en 1716 avant d’être détrônée par Le Havre et Honfleur.  L’exposition présente par exemple des perles de verres ou pacotilles, jadis produites  par les pâtenotriers de la rue Jeanne d’arc pour être expédiées en Afrique afin de pratiquer du troc et de se procurer à bon prix des esclaves, ensuite envoyés au Brésil dans les Antilles ou en Floride. En échange, les négociants s’approvisionnent en balles de coton qui seront converties en tissus imprimés ou indiennes à Rouen et à Elbeuf dans les nombreuses manufactures consacrées à cette mode. L’exposition témoigne de cette façon du lien économique qui unit les Amériques à la France et exhume ainsi des pages sombres de notre histoire.

Pratique. Jusqu’au 21 janvier. Muséum d’histoire naturelle à Rouen. Gratuit. 02 35 71 41 50

 

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© Daniel Caillet, 2017