Rouen, d’où vient ton nom ?

ORIGINE DES NOMS DES VILLES – La rédaction du Figaro vous propose de redécouvrir chaque semaine l’origine du nom des métropoles françaises. Aujourd’hui, il est question de la ville aux cent clochers, bien nommée Rouen.

Quelles célébrités ne vit-elle pas naître sur ses terres? Pierre Corneille, l’auteur du Cid, le réaliste Gustave Flaubert ou bien encore le grand Maurice Leblanc qui nous légua le gentleman cambrioleur Arsène Lupin. Berceau des quelques plus belles plumes françaises, la cité normande qui abrite en sa cathédrale du XIIe siècle la sépulture de Richard Cœur de Lion, accueillit également l’une des plus éblouissantes séries de tableaux de l’impressionniste Claude Monet à la fin du XIXe siècle.

Rouen. Son nom seul suffit à réveiller les plus grandes heures de l’histoire de France. Capitale de Rollon, Hambourg de l’ouest, la ville aux cent clochers regorge de mille et un récits. Mais pourquoi Rouen s’appelle Rouen?

S’il y a bien des villes françaises dont l’étymologie demeure toujours sibylline à l’heure actuelle -c’est le cas de Cannes, Marseille ou Lyon- Rouen peut, pour sa part, se targuer de ne pas avoir succombé aux affres du temps. La linguistique est en effet parvenue à un consensus pour expliquer sa toponymie, nous explique Henry Decaëns, maître de conférences et historien spécialiste de la Normandie. «La ville, à l’époque romaine, s’appelait Rotomagus.» Mais ne croyons pas un seul instant que celle-ci se fit sans polémiques et houleux débats!

Rathumagus, Rhodomo, Rhodomum… ou Rouen

Il suffit de remonter au XIXe siècle pour apprécier l’ampleur de la querelle sémantique qui entoura la ville normande. À cette époque, s’il ne fait aucun doute que la terre rouennaise fut un temps habitée par la peuplade celte des Belges, sa toponymie reste très controversée. Dans ses Lettres sur la ville de Rouen ou précis de son histoire topographique, civile, ecclésiastique et politique, datées de 1826, M. Adre L… [Lesguilliez] nous explique ainsi en incipit de son développement sur la cité de Rouen qu’il serait «trop long» de recenser toutes les interprétations tant elles sont nombreuses. Même refrain pour l’auteur Henri Fouquet, qui rappellera les «innombrables conjectures sur son étymologie», cinquante ans plus tard dans son Histoire civile, politique et commerciale de Rouen, depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours.

 

Une raison à ces divergences: le manque de sources connexes. Ainsi M. Adre L… [Lesguilliez] expliqua-t-il que la ville devait dériver «du nom de Raoul, de Rou, porté par le premier duc de Normandie» tandis qu’Henri Fouquet, se cachant derrière la variation orthographique du terme -il notera entre autres: Rathumagus, Rothomagus, Rhodomo, Rotomo, Rhodomum, Ritumagum- établira que la cité devait provenir d’un terme latin avant d’être «arrêté au XIIe siècle par l’échiquier de Normandie sous le nom de Roam». Les explications contradictoires se rejoindront néanmoins avec les progrès de la linguistique et de l’histoire autour du mot Rotomagus. Un mot qu’avait déjà analysé à la même époque l’historien Adolphe Chéruel précisant qu’il devait venir «d’une métairie gauloise venue s’établir sur la rivière de Roth, puis de Roth-Maf: la maison de Roth.»

S’il ne fait plus dès lors aucuns doutes sur le premier terme qui donna son nom à la ville de Rouen, ainsi qu’on le trouva confirmé chez Ptolémée -«Les Vélocasses qui habitent sur les bords de la Seine, ont Rhotomagus pour capitale»- le terme ne trouvera une véritable signification que bien des années plus tard. Henry Decaëns nous raconte sans ambages son origine. «Rouen vient du toponyme gaulois qui s’appelait Ratumacos et qui signifierait ‘lieu d’échange’.»

Preuve de son assertion? «Rouen est situé sur une boucle de la vallée de la Seine. À l’époque gauloise puis gallo-romaine, la Seine n’était pas endiguée et plus large. Il était donc possible de la traverser. C’est ce qui est sans doute à l’origine de la ville. Mais pas uniquement! Rappelons-nous que Rouen se situe à une centaine de kilomètres de la mer, elle était donc un endroit où l’on pouvait installer un port.» Comment le nom serait-il alors passé de Ratumacos à Rouen? «Avec la romanisation du terme en Rotomagus puis par contraction, Rodum et enfin Rouen.» Voilà le fin mot de l’histoire!

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© Daniel Caillet, 2017