Né le 1er mars 1908 à Sotteville-lès-Rouen au début d’un siècle qui connaît des bouleversements essentiels interrompus par la guerre, l’aviation et le cinéma entre autres. Les normes changent aussi dans l’art avec le symbolisme, le nabisme et le fauvisme courants artistiques en rupture avec le romantisme. Tolmer qui reçoit dès son plus jeune âge une éducation religieuse, va tous les dimanches à la basilique de Bonsecours, un édifice qui l’émerveille et échauffe ses talents de peintre. Le monde biblique nourrira son imagination de même que la mythologie gréco-romainel. passe ses vacances chez sa famille maternelle à Vittefleur, où il fait la connaissance d’une ancienne élève du Nabis Pierre Bonnard,  rencontre déterminante dans la vie du jeune homme. Elle tente de lui faire entrevoir ce qu’est la création. Enlevant ses verres de myope, elle dit à l’enfant : « Mettez ces lunettes ». Il répondra : « Je vois trouble ». Elle aura alors le dernier mot : « Justement peignez comme vous venez de voir », un conseil dont il se souviendra toute sa vie. Elève de l’école des Beaux-Arts de Rouen pour devenir architecte, il approfondit son penchant pour le dessin et la peinture. Déjà à l’époque, Tolmer aime flâner au Musée des Beaux-Arts en contemplant les œuvres des grands maîtres. En 1928 à 20 ans, il s’engage dans l’armée et est affecté au Maroc, voyage à la fois culturel, artistique et émotionnel, une aventure extraordinaire qui marquera toute sa vie. Au retour, il travaille dans un cabinet d’architecte et en 1932, il expose pour la première fois. C’est à partir de là, que sa vie de peintre va réellement commencer. Il expose à Rouen mais aussi à Paris, à Lille puis aux Etats-Unis, en Pologne, au Danemark, au Luxembourg en Iran, au Japon, à Saint-Marin, en Bulgarie.Tolmer voyage à travers la France et l’Europe. Il rapportera, comme lors du voyage au Maroc, de multiples croquis et dessins, certains deviendront de magnifiques œuvres. En 1961, il séjourne en Allemagne.

Tolmer devient ami avec de nombreux artistes dont Georges Braque. Dans les années 50, il lui rend visite dans son atelier de Varengeville-sur-Mer. Il a une admiration profonde pour celui qu’il tient comme l’un des grands maîtres de sa génération. Tout au long de sa vie, il fera évoluer son œuvre. Il a dit qu’« une toile est réussie parce qu’elle est l’œuvre d’une réflexion où chaque volume occupe l’espace en fonction d’un autre, où toute nuance de coloration est le fruit d’un travail d’évaluation et de comparaison où le hasard parfois joue son rôle, aussi faut-il savoir en tirer parti ». Ses principaux sujets sont la mythologie gréco-romaine, les récits bibliques, la nature, l’Homme et son angoisse devant l’univers, la réflexion philosophique. Au début de sa carrière, Tolmer est le prisonnier inconditionnel de Delacroix. Mais il rompra avec le classicisme comme en témoignent les fresques dans l’ancienne mairie de Canteleu en 1943. Dès lors, il rentre dans un univers plus décalé, qui l’entraîne à un réalisme teinté d’expressionnisme et de religiosité avec lesquelles contrastent d’autres créations, révélatrices d’une certaine fougue et d’une certaine violence. Il entre ensuite dans sa période d’abstraction où volumes et masses colorées scandent la toile. Jacques Villon lui apporte son soutien inconditionnel. A partir de 1970, l’abstraction lyrique se fait ressentir dans son œuvre, mais peu à peu les sujets deviennent à nouveau identifiables. Son style s’affirme de façon définitive. Les personnages reviennent au centre de la toile et deviennent le thème principal. L’effroi et l’anxiété sont devenus des thèmes majeurs du fait peut-être de son état de santé sans cesse plus grave. Errance nocturne traduit bien cette atmosphère inquiétante. Tolmer introduit dans l’image une part de mystère laissée à l’imagination du public. Si la figure humaine retrouve une place centrale, l’animalité est très présente, essentiellement oiseaux, chevaux et le Minotaure qui l’a particulièrement fasciné. Cet animal mythologique a nourri ses fantasmes faisant référence aux combats de taureaux dont il fut, autrefois, le spectateur, en Espagne. Il s’attaque à une toile gigantesque (5,19 m × 6,50 m) l’Apocalypse, composée dans sa partie centrale d’un triptyque et de deux volets latéraux. C’est une œuvre maîtresse qui représente un travail considérable de dessins préparatoires et d’un glossaire de tous les symboles figurant dans le texte de Saint Jean. Demeurant depuis 1958 rue du Pérou à Rouen, Roger Tolmer y décéda le 24 avril 1988.

Oeuvres à caractère monumental (parking de la gare routière, fontaine de la Grand-Mare…).

 

© Daniel Caillet, 2018